La dette : leurs profits, nos sacrifices

Le gouvernement veut réaliser 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires d’ici 2029 au lieu des 7,7 annoncés au départ. Cela signifie de nouvelles attaques contre les pensions, les allocations de chômage, les salaires et les services publics. La justification ? Une dette devenue trop élevée et qu’il faudrait « assainir » à coups de mesures d’économie contre les services utiles à la population et nos conditions de vie.

Mais, en réalité, cette dette n’est pas celle des travailleurs, mais celle des capitalistes, que l’État a aidés à se protéger des crises et à maintenir leurs profits. À partir des années 1970, l’État a multiplié les subventions, les avantages fiscaux et les sauvetages d’entreprises privées. La dette est alors passée d’environ 60 % à près de 140 % du PIB. Elle a ensuite été un peu réduite par des décennies d’austérité imposée aux travailleurs.

En 2008, lorsque les banques ont menacé de s’effondrer après des années de spéculation, l’État belge a mobilisé des milliards pour les sauver. Dexia a notamment été refinancée à hauteur de près de 10 milliards d’euros. Devenue Belfius et redevenue rentable, elle pourrait aujourd’hui être revendue au privé pour que ses bénéfices retournent aux actionnaires.

Lors de la crise du Covid, le même mécanisme s’est répété : des milliards ont été versés aux grandes entreprises pour préserver leurs profits. À chaque crise, les capitalistes présentent leur facture à l’État. Ensuite, le gouvernement la présente aux travailleurs.

Les caisses sont pleines pour le patronat

Même en dehors des crises, les entreprises bénéficient continuellement de réductions d’impôts, de subventions et d’exonérations de cotisations. L’impôt sur les sociétés est passé de 39 % en 1992 à 25 % depuis 2021, un taux que les grandes entreprises réduisent encore grâce aux niches fiscales.

Selon une étude d’Econosphères, les cadeaux accordés aux entreprises ont atteint 51 milliards d’euros en 2022, davantage que l’ensemble des dépenses publiques belges consa­crées à la santé.

Lorsqu’il s’agit des pensions ou des services publics, le gouvernement affirme qu’il n’y a plus d’argent. Lorsqu’il faut garantir les profits du patronat, les milliards sont toujours disponibles.

Une dette qui rapporte

La dette publique est elle-même une source de profits pour les capitalistes. L’État emprunte auprès des marchés financiers, puis rembourse ces emprunts avec les impôts de la population, auxquels s’ajoutent les intérêts.

Selon le CADTM, les intérêts de la dette belge ont représenté environ 110 milliards d’euros entre 2012 et 2021. Une partie des impôts ne finance donc ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les transports publics : elle est directement versée aux banques et aux autres riches créanciers.

À cela s’ajoute désormais l’explosion des dépenses militaires. Le gouvernement exige toujours plus de sacrifices sur le dos de la population, tout en promettant des milliards à l’armée et aux industriels de l’armement.

Cette dette n’est pas la nôtre

Faire croire que la dette serait une responsabilité collective sert à culpabiliser les travailleurs et à dissimuler ceux qui en ont réellement profité. Ce ne sont pas les pensions, les écoles ou les hôpitaux qui ont vidé les caisses. Ce sont les sauvetages des banquiers, les subventions aux grandes entreprises, les réductions fiscales pour les riches, les intérêts versés aux créanciers de l’Etat et, désor­mais, la course aux armements.

Nous n’avons donc pas à payer leur dette. Mais son annulation ne suffirait pas, à elle seule, à supprimer le pouvoir du capital financier. Pour mettre fin au racket de la dette, il faut retirer aux capitalistes la propriété des banques et des grands capitaux et les placer sous le contrôle des travailleurs, afin d’utiliser les richesses produites pour répondre aux besoins de la population.