Dans quel monde nous réveillerons-nous demain ? Mardi 7 avril, cette question s’est imposée de façon concrète et brutale. À quelques heures de l’échéance de son ultimatum, Trump menaçait l’Iran d’un anéantissement total, écrivant sur son réseau social qu’une « civilisation entière va mourir ce soir ». Moins de 90 minutes avant l’échéance, il a fait volte-face.
L’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines, en échange d’une reprise du trafic dans le détroit d’Ormuz, accorde peut-être un peu de répit. Mais pour aller vers quoi ? Le début des négociations menées au Pakistan, qui devaient en fixer l’issue, n’ont débouché sur aucun accord et Trump annonce un blocus maritime de l’Iran. Et quel crédit accorder aux engagements des dirigeants américains ? A deux reprises, en juin 2025 et en février 2026, les Etats-Unis ont attaqué l’Iran alors que des négociations étaient justement en cours.
Puis que signifie un cessez-le-feu lorsque, quelques heures après l’annonce, Israël lance une attaque meurtrière sur le Liban ? En l’espace de dix minutes, l’armée israélienne a bombardé plus de 100 sites, tuant plus de 300 personnes et faisant plus de 1.000 blessés. Aujourd’hui, Israël dit vouloir entamer des négociations de paix avec le Liban. Mais les promesses de paix d’Israël n’ont jamais empêché ses bombes de tomber. Les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie le savent mieux que personne.
Ce cessez-le-feu n’est au mieux qu’une trêve entre deux guerres. En témoignent l’augmentation des budgets militaires et les préparatifs de toutes les puissances impérialistes pour la guerre. Aux USA, l’inscription au service militaire pour les hommes de 18 à 25 ans pourrait devenir automatique et l’armée de terre a relevé l’âge de recrutement de 35 à 42 ans. En Allemagne, les hommes de 17 à 45 ans doivent désormais demander l’autorisation de l’armée pour quitter le pays plus de trois mois ! Nous ne payons pas encore le prix du sang comme les Iraniens, les Palestiniens ou les Libanais. Mais tout indique que nous le payerons un jour si nous ne faisons rien pour mettre fin à cette escalade.
Et nous payons déjà très cher ces guerres. Il faut maintenant débourser 10 à 30 euros de plus pour faire le plein. Une fois de plus, nous nous retrouvons rackettés avant même d’avoir commencé notre journée de travail. Pour beaucoup de travailleurs, il s’agit de choisir entre faire des courses ou mettre du carburant pour aller travailler !
Inquiétant ? Pas pour tout le monde. Car le malheur des travailleurs fait le bonheur des capitalistes. En ce moment, les raffineurs et tous ceux qui spéculent sur le pétrole s’en mettent plein les poches. Lorsque le prix du pétrole a explosé, les prix à la pompe ont tout de suite monté en flèche. Et quand le prix du pétrole baisse, à la pompe, les prix ne baissent que bien plus lentement qu’ils n’avaient augmenté. Une étude de Greenpeace montre que les compagnies pétrolières dans l’Union européenne réalisent plus de 80 millions d’euros par jour de « surprofits » depuis le début de la guerre en Iran, comparé à leurs profits avant-guerre.
Alors oui, la question se pose avec plus de sérieux que jamais : quel sera le monde de demain ? La réponse des capitalistes est sous nos yeux : guerre, répression et durcissement autoritaire. En Israël, le gouvernement a voté une loi instituant « la peine de mort pour les terroristes » qui est taillée sur mesure pour ne s’appliquer qu’aux Palestiniens. Aux États-Unis, la police anti-immigration (ICE) poursuit ses opérations contre les populations immigrées. Le gouvernement belge n’est pas en reste. Il a fait passer une loi pour autoriser la police et les agents de l’Office des étrangers à arrêter à leur domicile les personnes sans titre de séjour pour les envoyer en centre fermé. Pour ces dirigeants, des ouvriers, des retraités ou même des enfants sont considérés comme « criminels » uniquement parce qu’ils n’ont pas de titre de séjour.
Mais ce monde n’est pas le seul possible. Face à cette offensive généralisée, des résistances émergent. En Israël, des manifestations ont eu lieu pour dénoncer la guerre. Aux États-Unis, les habitants se sont organisés pour faire face aux opérations de l’ICE. Bien que minoritaires, ces initiatives montrent la seule issue possible : que les travailleurs s’organisent et imposent leurs propres intérêts. Ici aussi, la meilleure manière de refuser l’avenir de guerre que les capitalistes préparent, la meilleure manière d’apporter un soutien aux travailleurs qui sont aujourd’hui sous les bombes, c’est d’imposer que les capitalistes payent les augmentations de salaires nécessaires face à la hausse des prix, et aussi de se préparer, lorsque les gouvernements voudront nous envoyer à la guerre, à être nombreux à se révolter.
