Quand le patronat prescrit le mal comme remède

Alors que la FEB relance régulièrement ses attaques contre l’indexation, les cotisations patronales et le « coût du travail », il faut revenir sur l’argumentaire mensonger qu’elle mobilise pour faire passer les attaques contre les travailleurs comme de prétendues nécessités économi­ques.

En septembre 2025, la Banque nationale de Belgique a publié une étude montrant que la part de la valeur ajoutée, donc la part de la richesse créée par les travailleurs, qui revient au monde du travail, était en recul, passant de 61,8 % en 1980 à 54,2 % en 2024. Cette part des richesses qui revient aux travailleurs sous forme de salaires et de cotisations sociales est appelée la part salariale. Sa baisse n’est pas une particularité belge : c’est une tendance observée depuis plusieurs décennies dans les pays capitalistes.

En contrepartie, la part qui revient au patronat et aux action­naires capitalistes, une minorité, ne cesse d’augmenter.

À peine l’étude sortie, la FEB, la Fédération des entreprises de Belgique, a publié un article au titre pour le moins provocateur : « La part salariale diminue : pas parce que les salaires sont trop bas, mais parce que le coût salarial est très élevé ! ». Son raisonnement est le suivant : si chaque salarié coûtait moins cher, les entreprises engageraient davantage de salariés plutôt que d’investir dans des machines supplémentaires et la masse totale des salaires et cotisations pourrait ainsi augmenter…

Il y aurait de quoi en rire si cela ne préparait pas de nouvelles attaques contre nos salaires !

Une médecine qui tue

C’est un peu comme si un médecin constatait qu’un patient s’affaiblit et lui prescrivait une saignée, en lui promettant que cela stimulera son organisme. La part des salaires diminue déjà ; la FEB propose pourtant de réduire encore les salaires et cotisations, et promet que les entreprises engageront suffisam­ment pour compenser.

Mais ce remède est une escroquerie : rien n’empêche les entreprises d’empocher simplement l’économie réalisée ! Ni même de demander ensuite aux travailleurs de se saigner davantage. Les capitalistes n’embauchent de toute façon que quand ils sont certains que cela leur rapportera, et les cadeaux de l’État n’y changent rien !

C’est justement ce qui s’est largement produit depuis une quarantaine d’années. Le gâteau des richesses ne cesse de grossir mais moins vite qu’à l’époque des grands bonds de productivité. Alors pour continuer à maintenir leurs taux de profits malgré la crise, les capitalistes imposent des baisses de salaire réel, des baisses de cotisations mais aussi de nombreux licenciements… et la part salariale continue de baisser !

Ils osent continuer à affirmer que nos salaires seraient excessifs. Mais même la BNB, pourtant un organe dirigé par des représentants du patronat, montre que les travailleurs reçoivent de moins en moins de richesse, au profit des patrons !

Les milliards supplémentaires encaissés par les capitalistes ne servent même plus à développer l’économie, mais partent dans les marchés financiers et la spéculation.

En réalité, la FEB mène la lutte des classes, elle fait de la propagande grossière pour s’attaquer toujours plus à nos salaires. A nous de nous organiser pour se défendre !