Sénat : fin d’une chambre conservatrice ?

Le gouvernement fédéral a lancé la suppression du Sénat au nom des économies budgétaires. Depuis la sixième réforme de l’État (2014), cette « chambre haute » du Parlement fédéral n’était plus guère qu’une coquille vide, servant surtout à recaser quelques politiciens non élus.

Mais il n’en a pas toujours été ainsi. En 1831, l’Assemblée constituante belge met en place les deux chambres du Parlement fédéral qui existent encore aujourd’hui : la Chambre des Représentants et le Sénat.

Le Sénat est la chambre chargée de représenter les intérêts de l’aristocratie et des grands propriétaires terriens. Son élection est encore moins démocratique que celle de la Chambre – qui représente les intérêts de la bourgeoisie. Pour y être élu, il faut avoir au moins 40 ans et payer un impôt très élevé. Résultat : à peine 400 personnes sont éligibles au Sénat. Leur mandat dure huit ans, pour les mettre encore davantage à l’abri des pressions populaires. Et à l’époque, seuls les hommes riches ont le droit de vote. L’immense majorité de la population est exclue de toute représentation politique.

Cette exclusion, les militants ouvriers vont la combattre. En avril 1893, une grève générale insurrectionnelle pour le suffrage universel effraie la bourgeoisie. Celle-ci réprime durement le mouvement, mais doit céder en partie : elle accepte le principe du suffrage universel… plural. Tous les hommes peuvent voter, mais pas les femmes, et la voix d’un bourgeois compte jusqu’à trois fois celle d’un ouvrier. Dans ce système, le Sénat devient plus encore le contrepoids conservateur à la Chambre des représentants, où quelques députés socialistes ont fait leur entrée.

Après la Première puis la Deuxième Guerre mondiale, et sous la pression de la révolution victorieuse en Russie, la bourgeoisie est contrainte de consacrer le suffrage universel et de l’étendre aux femmes. Mais le Sénat conserve sa fonction de chambre conservatrice. Jusqu’en 2014, les enfants du roi y siégeaient encore de droit, sans élection.

Avec le triomphe du capitalisme, l’aristocratie s’est depuis longtemps fondue dans la bourgeoisie. Un parlement réservé aux nobles ne leur sert plus à rien aujourd’hui.