La question se pose ! Entre le lundi 24/11 et le mercredi 26/11, nous étions des centaines de milliers de travailleurs en grève à l’appel des organisations syndicales. Pourquoi ?
D’abord pour protester contre les mesures d’austérité ! Les ministres n’en finissent pas de mener une politique pro-capitaliste contre les intérêts de la population. Et avec l’accord sur le budget dévoilé le premier jour de la grève, c’est toute une série de mesures supplémentaires qui appauvrissent la population. La hausse des accises sur le gaz, le plafonnement d’index pour la moitié des travailleurs, les attaques contre les malades de longue durée, s’ajoutent à la radiation de nombreux chômeurs, le gel des salaires, les attaques sur les pensions…
Nos conditions de vie et de travail sont sérieusement menacées par l’austérité et c’est ce que dénonçaient tous ceux qui étaient en grève.
Pourtant la situation est si grave que protester ne suffit pas. Car malgré les protestations, voilà des dizaines d’années que les partis de droite comme ceux qui se disent de gauche votent réformes après réformes, mesures d’austérité après mesures d’austérité… Les conditions de vie et de travail reculent sans cesse ! Et les petits ajustements obtenus par les directions syndicales ne réussissent pas à empêcher le recul général des conditions de vie !
Et cela sans même compter la stagnation des salaires, la hausse des prix, les licenciements et le manque d’embauche ! Et sans compter non plus la militarisation de l’économie, l’augmentation des dépenses militaires et l’embrigadement qui se prépare !
En fait, cela fait des années que les capitalistes et les gouvernements ramènent la société vers une exploitation et une propagande semblables à celles de la veille de la première et la deuxième guerre mondiale ! Et cela s’accélère ! Alors il faut trouver les moyens de s’y opposer, de défendre nos intérêts !
Mais pour se défendre, même trois jours de grèves au lieu d’un seul ne pouvaient pas suffire. Tant que l’on reste une minorité, « bloquer l’économie », même trois jours, ne fait pas peur aux capitalistes, ils n’ont pas mal au portefeuille : ils sont milliardaires ! Et les profits qu’ils ne font pas aujourd’hui, ils savent qu’ils les feront demain…
En revanche, ce que les capitalistes et les politiciens à leur service craignent, c’est une lutte qui grandit sans cesse ! Ils craignent que les travailleurs mobilisés deviennent de plus en plus nombreux, de plus en plus conscients de leurs intérêts communs et de leur force. En fait, les capitalistes craignent un mouvement de masse qui conteste leur pouvoir, conteste leur propriété sur les entreprises.
La manifestation du 14 octobre à Bruxelles avait réuni plus de 100.000 travailleurs en provenance de beaucoup de secteurs différents. C’est pour cela que l’on s’était senti renforcés ! Or, lors des trois jours de grèves, aucun rassemblement commun à tous les grévistes n’était organisé par les directions syndicales. Cela aurait pourtant renforcé la lutte de nous retrouver tous dans une manifestation commune qui aurait permis de mesurer notre nombre, notre force !
Au lieu de quoi, la grève était souvent organisée de sorte que chacun reste chez soi, sur son piquet de grève, ou, dans le meilleur des cas, à des rassemblements « par secteur », comme ce fut le cas pour le secteur de la culture à Bruxelles.
Pourtant, même si le gouvernement attaque chaque secteur de manière différente, nous avons tous intérêt à nous unir dans la lutte, même pour des revendications différentes !
Mais pour s’unir d’entreprise en entreprise, de secteur en secteur, du public au privé, il nous faut des mots d’ordre qui expriment nos intérêts communs, des mots d’ordre clairs, qui vont au-delà des revendications sectorielles, et qui aident les travailleurs à mobiliser leurs collègues, amis et familles ! Or, le principal mot d’ordre général qui s’est fait un peu entendre était celui de la « chute du gouvernement » propagé par la direction de la FGTB. Mais ce mot d’ordre ne renforçait pas la lutte !
Car faire chuter le gouvernement, pourquoi ? Pour le remplacer par un gouvernement avec le PS ? Ce serait refaire confiance à des ministres comme Di Rupo qui dit lui-même qu’il a imposé des mesures d’austérité entre 2011 et 2014… avec le soutien des directions syndicales !
Et puis, avec l’annonce de l’accord sur le budget le matin du 1er jour de grève, il est devenu clair que le gouvernement ne tomberait pas… La désillusion a participé à propager le découragement. Et le gouvernement le savait !
En fait, c’est consciemment que les directions syndicales n’ont pas cherché à organiser une lutte à la hauteur des enjeux, ni à propager des mots d’ordre qui auraient pu y contribuer. La seule perspective des dirigeants syndicaux est de négocier, même pas négocier des avancées, mais négocier une dégradation « moins pire » de nos conditions de vie et de travail.
Les responsables syndicaux ne veulent pas d’une lutte qui viserait à faire payer les capitalistes, à réduire leurs profits au bénéfice des travailleurs, et encore moins d’une lutte qui irait jusqu’à leur contester la propriété des grandes entreprises et leur pouvoir sur la société.
Pourtant une telle lutte est nécessaire ! Elle ne peut venir que des travailleurs eux-mêmes. Pour cela il faut se préparer à dépasser les limites que veulent imposer les bureaucraties syndicales. Pour y arriver, chaque lutte, chaque grève, chaque mobilisation est une occasion d’en discuter entre travailleurs, c’est-à-dire de discuter de nos intérêts, de nos revendications et de l’organisation de notre propre mobilisation. Voilà pourquoi il est essentiel de participer aux mobilisations, même limitées, appelées par les directions syndicales.
