Le 14 août, un incendie s’est déclaré dans les Hautes Fagnes, près de Liège. Le plus important depuis plus d’un siècle, avec près de 3.000 hectares ravagés, des centaines d’habitants évacués, des villages menacés.
Face aux flammes, dans des terrains difficiles d’accès, les pompiers ont dû lutter avec des moyens totalement insuffisants. Avant l’arrivée de l’aide internationale, seuls deux hélicoptères de la police fédérale, dotés d’une faible capacité de largage, pouvaient intervenir depuis les airs. Pourtant, dès 2022, des responsables de la protection civile réclamaient l’achat d’un Canadair, ce qui n’a jamais eu lieu.
Les effectifs des services d’incendie ont diminué ces deux dernières années pour atteindre 17.000 pompiers et volontaires en 2025. Des chiffres qui surestiment encore les forces réellement disponibles, car un même pompier peut être professionnel dans une zone et volontaire dans une autre, et donc être comptabilisé deux fois.
Pour tenir dans les Fagnes, les zones de secours de tout le pays ont dû envoyer des hommes, des camions et des citernes. Mais chaque véhicule envoyé est un véhicule qui n’est plus disponible ailleurs. Les responsables des pompiers avertissaient qu’en cas de nouveaux départs de feu, ils finiraient par ne plus rien avoir à envoyer.
Des années d’austérité ont laissé les services de secours au bord de la rupture. Face au feu, ce sont pourtant les pompiers, les agriculteurs et les habitants qui, par leur initiative et leur organisation, ont empêché que la catastrophe ne soit encore plus grave.
Un incendie annoncé
Après chaque catastrophe, les ministres promettent de « tirer les leçons ». Mais celles de cet incendie étaient écrites avant même que les Fagnes ne brûlent.
En février 2025, le Centre d’analyse des risques du changement climatique (CERAC) avertissait que les incendies allaient devenir plus fréquents, plus intenses et davantage susceptibles d’éclater simultanément. Une autre étude estimait la même année que 541.000 ménages wallons vivaient à moins de 200 mètres d’une zone à risque d’incendie.
Les experts ont beau alerter et les pompiers réclamer du matériel en suffisance, rien n’y fait. Et ce n’est pas faute d’argent. La Belgique prévoit aujourd’hui l’achat de 11 F-35 supplémentaires, mais n’a pas trouvé en quatre ans de quoi acheter un seul Canadair. Lorsqu’il s’agit de préparer la guerre et d’abreuver d’argent les capitalistes de l’armement, le gouvernement trouve des milliards, mais face au feu, il laisse les pompiers et la population se débrouiller avec les moyens qui restent.
Poudrière capitaliste
Mais le problème ne se limite pas au manque de moyens publics. La bourgeoisie a également contribué à transformer les Fagnes elles-mêmes en terrain plus vulnérable au feu afin de satisfaire sa soif de profit.
À la fin du XIXe siècle, l’industrie minière exigeait toujours davantage de bois pour soutenir ses galeries. Les Hautes Fagnes ont alors été mises au service de ces besoins : entre 1865 et 1964, au moins 2.100 hectares de résineux y ont été plantés.
Mais les épicéas supportent mal les terrains gorgés d’eau. Pour permettre leur exploitation, les tourbières ont donc été quadrillées de drains et artificiellement asséchées. Un milieu naturellement humide, qui retenait l’eau, a ainsi été transformé en terrain plus sec et donc plus vulnérable au feu. Des experts de l’Université de Liège expliquent que ces anciens fossés assèchent la tourbe et favorisent les incendies.
Pendant des générations, la nature a été transformée selon les besoins immédiats de la rentabilité, tandis que les conséquences à long terme étaient laissées à la population.
Leur système brûle, les travailleurs tiennent
Pendant des décennies, les scientifiques ont averti. Les catastrophes se succèdent : canicules meurtrières, inondations de 2021 qui ont fait 39 morts dans l’est du pays, puis, cinq ans plus tard, les Hautes Fagnes en flammes. À chaque fois, les gouvernements promettent après coup davantage de prévention, de matériel et de personnel.
Mais leur impréparation n’est pas seulement le résultat de mauvais choix politiques. Elle découle d’une société où les besoins collectifs passent après les exigences de rentabilité, de concurrence et de profit imposées par la classe capitaliste. Les gouvernements ne font qu’administrer cette logique en réduisant les dépenses utiles à la population.
Face à cette faillite, ce sont encore les travailleurs qui font tenir la société lorsque tout vacille : pompiers professionnels ou à temps partiel, agriculteurs venus avec leurs citernes, habitants organisant l’aide et le ravitaillement, travailleurs des services publics mobilisés jour et nuit.
Dans chaque crise, ils démontrent qu’ils possèdent les connaissances, les compétences et la capacité d’organisation nécessaires pour faire fonctionner la société et donc pour la diriger.
Pendant les catastrophes, l’austérité continue !
Le 29 juillet, des agents du Département Nature et Forêt (DNF) du SPW manifestaient à Libramont pour dénoncer le projet de démantèlement de la DNF et la fonte des effectifs provoquée par le non-remplacement de deux départs sur trois. Quinze jours plus tard, ils étaient mobilisés pour guider les pompiers à travers les forêts des Fagnes dévorées par les flammes.
Car actuellement, les services de secours ne disposent toujours pas d’une cartographie adaptée pour les interventions en milieu forestier. Ce travail de cartographie des voiries forestières, des points d’eau et des barrières est en cours au sein de la DNF en collaboration avec les pompiers, mais faute de moyens humains, il n’est toujours pas disponible.
De même, il n’existe toujours pas de monitoring des risques d’incendies, un outil capital pour la prévention des feux de forêt. Le climatologue de l’ULiège, Xavier Fettweis, rappelle que le financement du projet de monitoring a été mis à l’arrêt par le gouvernement wallon actuel. Le ministre-président wallon, Adrien Dolimont (MR), répond : « le projet n’a pas été abandonné, mais priorisé pour mettre l’accent sur la cartographie » … cartographie qui n’existe toujours pas.
Ainsi, de crises sanitaires en crises climatiques, les politiciens sacrifient les moyens nécessaires à la population et envoient les travailleurs au casse-pipe pour sauver ce qui peut l’être, tout cela pour gaver les capitalistes de subsides et de contrats d’armements !
