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Derrière l’explosion des prix, le chaos et la rapacité des capitalistes

Face à l’augmentation des prix de l’énergie, chaque parti y va de sa proposition : le CdH agite (depuis les bancs de l’opposition) un chèque énergie de 100 € par ménage plus 25 € par personne à charge… sous forme de réduction de la prochaine facture de régularisation… pour ceux qui auront de quoi payer. Le PS et les écolos proposent une extension et une prolongation du tarif social énergie accordé actuellement à un million de ménages. Mais ces tarifs augmentent eux aussi : plus 18% pour l’électricité, plus 6% pour le gaz par rapport à 2020. Et tous les travailleurs et la population n’y ont pas accès.

Les libéraux, le Vooruit et le CD&V parlent d’utiliser l’argent public pour subsidier l’isolation des bâtiments, ce qui serait utile, mais ferait surtout plaisir aux patrons du secteur. Le PTB préconise de diminuer la TVA sur l’énergie à 6%. Et le Vlaams Belang l’imite, pour plaire à l’électorat populaire. Mais ce que le gouvernement donnerait d’un côté, baisse de la TVA, chèque énergie, etc, il le reprendrait sur les budgets sociaux, par la remise des malades de longue durée au travail, par des diminutions du budget des écoles, de la santé, des transports publics…

Et surtout, aucune de ces propositions n’agit sur les causes de l’augmentation des prix et elles sont dérisoires car les augmentations des prix concernent quasiment tous les secteurs : les transports, l’alimentation, la santé, l’équipement, l’habitation…

Ce phénomène est mondial et lié au fonctionnement du capitalisme. Dans cette économie de marché, basée sur l’offre et la demande, rien n’a été prévu ni coordonné pour relancer les productions mises au ralenti au début de la crise sanitaire.

Chaque groupe capitaliste, à chaque embranchement de l’industrie et du commerce, exploite la situation de pénurie pour augmenter ses tarifs et ses profits au détriment de ses clients. Ceux-ci répercutent cette hausse à leur tour jusqu’au consommateur final, c’est-à-dire la population et les travailleurs en particulier.

Mais l’augmentation des prix résulte de la spéculation. Les marchés financiers consacrent des centaines de milliards pour parier à la hausse, notamment sur les hydrocarbures, les céréales, les minerais… Des capitalistes achètent des marchandises jusque sur les bateaux porte-conteneurs pour les mettre en attente en mer et les revendre quand les prix ont augmenté. Voilà à quoi sont utilisés les milliers de milliards de dollars et d’euros que les États ont fournis aux entreprises « pour soutenir l’économie ».

Les augmentations des prix, imposées par les capitalistes et les spéculateurs, imposent un gigantesque transfert de richesses des travailleurs des pays riches et des populations des pays pauvres vers la minorité de capitalistes qui rançonnent ainsi l’ensemble de la planète.

Les gouvernements soutiennent ces méthodes de gangsters, ils les financent en mettant des moyens à la disposition des banquiers et des financiers, mais en plus ils s’efforcent de leurrer l’opinion avec des solutions qui laissent libre cours à la rapacité des capitalistes.

Pendant ce temps, une enquête internationale de journalistes lève un coin du voile sur l’évasion fiscale des plus riches. Sont ainsi révélés 29 000 comptes offshores créés par des cabinets financiers dans des paradis fiscaux pour gérer les fortunes amassées sur le dos des populations, tel ce yacht de 71 mètres de long immatriculé au nom d’un fils de la famille D’Ieteren… qui licencie des centaines de salariés.

L’ampleur de la fraude et de l’évasion fiscale est telle que des magistrats et juges d’instruction reconnaissent qu’il leur est quasi impossible d’enquêter sur ces révélations ; leurs moyens ont été diminués et la moitié des effectifs de police à leur disposition a été affectée ailleurs.

Face à l’augmentation des prix, alors que les salaires sont bloqués depuis des années, que les périodes chômées se multiplient, que les primes sont supprimées, une augmentation générale des salaires est nécessaire avec un minimum de 1 800 euros net.

Mais cela ne suffira pas. Car les prix peuvent augmenter plus vite que les salaires. Les travailleurs devront imposer, par une vaste mobilisation, l’échelle mobile des salaires pour que les salaires soient systématiquement alignés sur les prix. Cela n’a rien à voir avec l’actuelle indexation des salaires – une tromperie organisée par l’État – qui ne se gêne même pas pour ne pas l’appliquer ! L’organisation des travailleurs de tous les secteurs de l’économie permettra de contrôler à tout moment les tarifs, les marges, les spéculations et contestera les choix des capitalistes d’augmenter les prix, de jouer sur les pénuries, et même d’augmenter les cadences et de licencier. Certes, c’est un programme de lutte et non un programme électoral. Mais face à la détermination des capitalistes à continuer leur parasitisme, les élections ne peuvent rien, seules les luttes et une détermination supérieure peut éviter aux travailleurs de sombrer dans la misère.




De la guerre économique à la guerre tout court…

La société de logistique Kuehne­+Nagel a annoncé la fermeture du site de Nivelles et la suppression de 550 emplois. Avec un bénéfice net de près d’un milliard d’euros en 2020, Kuehne + Nagel ne connaît pourtant pas de difficultés et annonce même une augmentation de 130% de ses bénéfices au premier trimestre 2021 !

Le dépôt de Nivelles approvisionne les supermarchés Carrefour. Ces travailleurs ont contribué à ce qu’il y ait des marchandises dans les supermarchés malgré le confinement. Mais cela ne touche pas les actionnaires dont le dividende a augmenté de 12,5%, ils en veulent toujours plus !

Dans les garages D’Ieteren, après la suppression des jours d’ancienneté et les primes, ainsi que le passage aux 40 heures payées 38, la direction annonce maintenant la fermeture de deux centres et la suppression de 103 emplois. De plus, elle en rend responsables les travailleurs qui avaient refusé ce qui revenait à une baisse des salaires de 2 000 à 3 000 euros par an pour les anciens. L’entreprise engendre pourtant 289 millions de bénéfices et l’actionnaire principal, Roland D’Ieteren, est devenu le 29ème milliardaire de Belgique en 2020.

Ce ne sont là que deux exemples de la guerre sociale que le patronat est en train de mener contre les travailleurs. Car quelles sont les entreprises où les conditions de travail et de salaire ne sont pas attaquées ?! Même les travailleurs, qui ont gardé leur travail et leur salaire, commencent à se serrer la ceinture face aux factures qui augmentent… Et ils nous parlent de « reprise » !

La seule reprise est celle des profits et de la spéculation, et elle est lourde de dangers de nouvelles catastrophes ! En témoigne la menace de faillite qui pèse sur l’entreprise immobilière chinoise Evergrande, qui a fait reculer les bourses dans le monde entier la semaine dernière. Cette société vacille après avoir profité du boom immobilier en Chine. Elle emploie 200 000 travailleurs mais a accumulé 255 milliards d’euros de dette (plus que le PIB du Portugal) et se trouve dans l’incapacité de livrer des logements déjà vendus à des millions de clients. Même si Evergrande finit par être sauvée par l’État chinois, les déboires de ce groupe annoncent une nouvelle aggravation de la crise et une nouvelle aggravation des tensions internationales.

Car plus la crise s’aggrave, plus devient âpre la lutte entre les groupes capitalistes autour des matières premières et des débouchés pour les marchandises. Ces guerres commerciales peuvent rapidement déboucher sur des guerres tout court. Les actuelles crispations diplomatiques entre la France et les Etats-Unis autour du marché des sous-marins commandés par l’Australie, en disent long.

Le « contrat du siècle » de 31 milliards d’euros pour la livraison de sous-marins à l’Australie est en effet passé sous le nez de la France au profit des Etats-Unis. Rien que le fait que ce soient des engins de guerre pour contrer la Chine qui constituent un « contrat du siècle » est significatif de l’état de l’économie capitaliste et de l’augmentation des tensions militaires.

L’avenir que le capitalisme réserve à l’humanité ressemble au présent des populations d’Afghanistan, de Syrie, d’Irak, du Mali, de Libye et de tant d’autres pays ravagés par l’exploitation et la violence militaire des puissances les plus riches.

La population, les travailleurs, ne peuvent pas se résigner à laisser leur sort dans les mains des dirigeants capitalistes pour qui tout est bon pour faire des milliards de profits, les pandémies comme les guerres.

Oui, les propriétaires des grandes banques et entreprises ont le pouvoir, mais seulement tant que les travailleurs acceptent de se soumettre et de faire tourner la société au profit des plus riches ! 

Oui, c’est notre camp qui fait tout tourner. Ce sont les travailleurs qui produisent et transportent les marchandises, fournissent l’électricité, soignent les malades, construisent les bâtiments, enseignent dans les écoles, font tourner les administrations… La société peut se passer d’actionnaires, mais elle ne peut pas se passer des travailleurs. Alors il ne faut pas que les travailleurs se résignent aux salaires qui baissent, aux conditions de travail qui rendent malade, à l’avenir sombre qu’ils nous préparent.

Nous sommes des centaines de millions, des milliards à trimer dans le monde. Et avec ce système, nous n’avons rien à perdre que nos chaînes et le mépris de nos exploiteurs. Quand nous commençons à nous organiser pour nos propres intérêts, à ne plus compter que sur les nôtres, nous devenons une armée capable de changer le monde !




La reprise doit surtout être celle des luttes !

En cette rentrée, s’il y en a qui peuvent être heureux, ce sont les patrons. Et comment !

La Belgique compte 900 millionnaires et 1 milliardaire de plus qu’avant le Covid. Les bénéfices des entreprises du Bel20, cotées à la bourse de Bruxelles, n’ont jamais augmenté aussi rapidement, en hausse de 87% en juin. Et si l’on inclut les petites et moyennes entreprises cotées en bourse, la hausse est de 160 % !

Les bénéfices des entreprises de matériaux et les groupes chimiques comme Solvay, Umicore et Bekaert, mais aussi celles de l’immobilier ont été quasiment multipliés par quatre. Et malgré la crise, les entreprises belges ont réservé, pour ce deuxième trimestre 2021, 2 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires.

Au-delà du Bel20, c’est l’ensemble du grand patronat qui se frotte les mains, car il ne s’est pas contenté d’encaisser les aides de l’État, il a aussi profité de la situation pour restructurer, resserrer la vis aux salariés et renforcer l’exploitation.

Quel patron n’a pas sauté sur l’occasion pour utiliser le chômage partiel, payé par l’État, et imposer des cadences infernales sur les temps travaillés ? Lequel n’a pas utilisé la crise pour bloquer les salaires et ne pas payer certaines primes ? Lequel n’en a pas profité pour renvoyer des CDD et des intérimaires ou pour mettre en place de nouveaux plans de compétitivité et de licenciement ?

C’est le labeur de millions de salariés qui a produit les milliards de profits et de dividendes. Et la pression mise sur les exploités est au plus haut, y compris pour ceux qui télétravaillent.

Aujourd’hui, tout est en place pour faire trimer les travailleurs comme jamais et le patronat a de quoi se réjouir. Mais c’est autant de raisons pour les travailleurs d’être en colère, et il faut qu’elle s’exprime !

Des centaines d’emplois sont supprimés tous les mois. Les pénuries de composants mettent des usines à l’arrêt et amputent les salaires de milliers de salariés. Allons-nous laisser les actionnaires se goinfrer, pendant que les travailleurs perdent leur gagne-pain ou n’arrivent plus à joindre les deux bouts ?

La crise sanitaire a fait basculer nombre de travailleurs dans le chômage et la misère, elle a bouché l’horizon de bien des jeunes.

Et puis, il y a la question des salaires. Même le ministre fédéral de l’emploi Pierre-Yves Dermagne reconnaît qu’il faudrait revaloriser les salaires des métiers en pénurie pour pouvoir répondre au problème de recrutement. Et de dire son « intention de plaider au fédéral pour que les salaires de ces métiers en pénurie puissent être revalorisés et les conditions de travail améliorées ». On peut être sûr que cela se soldera au mieux par des baisses de cotisations sociales pour ces employeurs et qu’ils ne seront pas forcés d’augmenter les salaires !

Ce gouvernement qui fixe l’augmentation maximale des salaires à 0,4% pour les deux prochaines années, qui condamne à la misère des millions de femmes et d’hommes et qui attaque les pensions n’en a rien à faire des bas salaires et des conditions de travail ! Tout cela est d’une hypocrisie sans nom !

Tout augmente : l’essence, le gaz, l’électricité, les loyers, les assurances, les prix des matériaux. Et tôt ou tard, la flambée des prix des céréales se répercutera sur les prix alimentaires, à commencer par celui du pain. Il n’y a que les salaires qui n’augmentent pas.

Alors l’appel de la FGTB à manifester le 24 septembre « contre la loi sur la marge salariale qui écrase nos salaires » est bien en dessous de ce qui serait nécessaire. La FGTB dit que cette loi, qui bloque les salaires belges en fonction des salaires des pays voisins, empêche les syndicats de négocier les augmentations de salaires.

Mais le niveau des salaires ne doit pas rester une discussion de salon entre syndicalistes et patronat, on voit depuis des années que ça n’apporte aucune amélioration. Il faut, qu’à la base, les travailleurs s’en mêlent et se battent pour l’augmentation générale des salaires et leur indexation sur l’inflation réelle.

La mobilisation du 24 septembre sera l’occasion d’aller dire sa colère et que les intérêts vitaux des travailleurs, leur emploi, leur salaire, leurs conditions de travail et leur retraite doivent passer avant les intérêts d’une classe de parasites de plus en plus riches et irresponsables vis-à-vis de la société.

On ne peut pas compter sur les directions syndicales pour avancer sur ce chemin de la mobilisation. Mais tous les travailleurs conscients et les militants combatifs peuvent défendre la nécessité d’une réaction d’ensemble des travailleurs. Sans la conscience claire qu’il faudra s’en prendre aux profits des capitalistes, et donc à leur domination sur la société, aucune amélioration n’est envisageable pour le monde du travail.