Témoignage d’une enseignante

J’enseigne depuis 2015 et, malgré plusieurs années de service dans l’enseignement spécialisé à la Ville de Liège, j’ai toujours été sous un statut de pénurie, précaire et moins payée, car mes diplômes n’ont jamais été reconnus à l’égal d’un diplôme pédagogique. Avec la nouvelle réforme, la direction m’a prévenue que j’allais potentiellement perdre l’ensemble des mes heures à la rentrée.

Depuis mes débuts, j’assiste à une dégradation constante de l’enseignement : classes surchargées, surcharge administrative, manque de moyens et perte de reconnaissance du métier. Les réformes successives, et plus récemment les décrets de 2024 et 2026, fragilisent encore davantage les enseignants tout en réduisant les possibilités offertes aux élèves.

Le premier décret, adopté en 2024, s’est attaqué à l’enseignement qualifiant. Il a entraîné la suppression d’heures pour de nombreux enseignants et la disparition progressive de certaines formations des élèves. Cette évolution prive de nombreux jeunes de parcours adaptés à leurs besoins.

Or, ces élèves sont souvent en recherche de leur voie ou d’une vocation. En réduisant les possibilités qui leur sont offertes, on les contraint à faire des choix qui ne leur correspondent pas. Cette situation est inquiétante, tant pour les élèves que pour leurs parents et leurs enseignants.

Avec le deuxième décret, adopté en 2026, un nouveau cap a été franchi. Les enseignants du degré supérieur devront désormais prester deux heures supplémentaires sans rémunération. Cette mesure est vécue comme un profond manque de respect envers une profession déjà fragilisée depuis des décennies. Les difficultés que nous connaissons aujourd’hui ne sont pas apparues du jour au lendemain : elles sont le résultat de réformes successives menées depuis les années 1990, auxquelles s’ajoute une méconnaissance persistante de la réalité de notre métier.

Les conséquences de ces nouvelles mesures sont également pédagogiques. Des enseignants du degré supérieur, contraints d’enseigner dans le degré inférieur à la suite de pertes d’heures, devront adapter entièrement leurs pratiques. Enseigner à des élèves plus jeunes ne s’improvise pas. Cela demande une autre approche, d’autres méthodes et un important travail de préparation supplémentaire.

En tant que travailleuse, je refuse ce détricotage de l’enseignement public. Notre mobilisation se poursuivra, car nous défendons à la fois notre métier et l’avenir des jeunes.