Depuis des années, les travailleurs de l’enseignement voient leurs conditions de travail reculer, la situation des élèves se détériorer, et les bâtiments être de plus en plus délabrés. Les attaques actuelles contre l’enseignement francophone vont encore aggraver la dégradation des écoles.
L’augmentation de la charge horaire en 4e, 5e et 6e secondaire sans augmentation de salaire, qui entraînerait la suppression de près de 1.500 équivalents temps plein, la réforme du tronc commun, la suppression des petites classes, du différencié et des 7e années qualifiantes, qui entraîneront aussi des pertes de postes, et la hausse du minerval dans le supérieur ou encore les coupes dans les dispositifs d’accompagnement des élèves, s’inscrivent dans une même logique d’austérité.
Face à ces attaques, le personnel de nombreuses écoles a multiplié les actions et les mobilisations depuis plusieurs semaines.
Échos des piquets en province de liège
Dans la province de Liège, de nombreux établissements ont été bloqués par des enseignants, des éducateurs et d’autres membres du personnel. Sur les piquets, une idée revient constamment : les mesures actuelles ne sont pas un problème isolé mais l’aboutissement de plusieurs années de dégradation de l’enseignement.
Sur les piquets, on croise des enseignants du maternel, du primaire, du secondaire inférieur et supérieur qui s’inquiètent des suppressions de postes, du recul des moyens accordés aux écoles et de ses conséquences pour les élèves. Mais la mobilisation a aussi touché des élèves et des parents qu’on peut parfois rencontrer sur les piquets, venus apporter leur soutien.
Plusieurs grévistes ont reçu des marques de solidarité. Dans certaines écoles, des élèves sont venus exprimer leurs inquiétudes quant à l’avenir de leur établissement et certains ont manifesté aux côtés de leurs enseignants.
A de nombreux endroits, les enseignants expriment que la défense des conditions de travail des enseignants et celle des conditions d’apprentissage des élèves sont indissociables. Comme le résumait un enseignant d’une école populaire : « Je suis ici davantage pour mes élèves que pour moi-même. »
Échos des piquets bruxellois
À Bruxelles, dans plusieurs écoles, les assemblées et les piquets ont permis à des collègues d’échanger sur leurs réalités de travail et sur les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien. Ces discussions ne sont parfois pas arrêtées au corps enseignant et c’est tout le personnel des écoles qui a pu se réunir pour discuter.
Discuter entre enseignants et parents en a encouragé plus d’un. Plusieurs parents ont exprimé leur compréhension, voire leur soutien, après avoir discuté avec les enseignants.
Les conversations suscitées par le mouvement révèlent aussi certaines difficultés. Dans plusieurs écoles peu mobilisées, des enseignants expriment leur frustration et parfois la peur de se mobiliser contre des directions qui leur mettent la pression. Mais même dans les écoles ou les travailleurs et travailleuses hésitent à passer à l’action, la colère contre les mesures du gouvernement est largement partagée.
Écho d’une école primaire
L’école communale Clair-Vivre à Bruxelles s’est déclarée en grève dès le lundi 18 mai à 15 heures. Suite à un arrêt de travail pendant lequel s’est tenue une AG , l’équipe pédagogique (puéricultrices, enseignants, éducateurs) s’est déclarée unanimement favorable au mouvement jusqu’au mercredi 27 mai inclus, date annoncée du vote au Parlement. Ce faisant, elle a suivi l’appel à la grève lancé à Liège.
Dès le lendemain, les membres du personnel ont tenu chaque jour un piquet devant l’école de 7h30 à 9h20 afin d’informer parents et passants de leurs revendications et de leur colère. Tout le monde n’était pas en grève mais l’ensemble de l’équipe participait aux actions. Les dialogues avec les parents ont souvent mené à la prise de conscience que le délabrement des conditions de travail des enseignants était largement ressenti dans leur domaine professionnel par les parents eux-mêmes. Par exemple, un papa fâché par la grève, interpellé par un professeur « et dans votre secteur, ça se passe comment ? », finit par comprendre le mouvement et n’était plus en colère.
Ensuite des AG se tenaient pour définir les actions à mener le jour-même : inscriptions à la craie devant les autres écoles avoisinantes (Evere et Schaerbeek), dialogue avec les profs et parents de ces écoles, organisation d’AG dans d’autres écoles du Pouvoir Organisateur sans délégué, communications avec Mars Attacks (un collectif de profs qui s’organise contre les mesures de la FWB) et les délégués d’autres écoles, réunions Mars Attacks, rassemblement devant le parlement bruxellois, et l’annulation de la fête de l’école (remplacée par une fête pour les enfants), jugée impensable dans le contexte actuel.
Les AG quotidiennes ont donné envie de rassembler plus de monde. Il a été décidé qu’à l’avenir on ferait des AG qui réunissent les enseignants mais aussi les éducateurs et le personnel de nettoyage, administratif… même s’ils n’ont pas la même représentation syndicale car cela permettait de créer un meilleur climat entre collègues. Les enseignants des autres écoles rencontrés ont aussi exprimé l’envie de faire des AG rassemblant toutes les écoles de la commune.
Pendant cette semaine, les affiliés de la CGSP (la branche services publics de la FGTB) ne se sont sentis ni soutenus ni entendus par la direction de la CGSP qui a tardé à leur donner des informations claires quant à l’indemnisation des collègues grévistes. Certains d’entre eux ont contacté la centrale pour l’informer de leur souhait de se désaffilier, sans obtenir de réponse. Il leur est rapidement revenu que ce sentiment était partagé par de nombreux affiliés CGSP en région bruxelloise. La communication avec la direction syndicale a été rétablie après que la CGSP se soit félicitée, à la fin de la 1re semaine de grève de la combativité et de la détermination de ses affiliés sur les réseaux sociaux.
Les enseignants ont décidé la reprise des cours pour le 28 mai suite à l’annonce du report du vote au Parlement. Deux jours avant la reprise des cours, ils ont ouvert leur AG aux parents d’élèves pour dialoguer avec eux au sujet du mouvement. Les enseignants craignaient une réaction hostile des parents, il n’en fut rien. Au contraire, les parents présents ont soutenu le mouvement, entendu les revendications, salué le militantisme pédagogique et politique de l’équipe, proposé des les accompagner dans les actions à mener, de relayer les informations auprès des autres parents et insisté sur la nécessité pour leurs enfants de voir des adultes réagir à des mesures gouvernementales inacceptables.
Jeudi 28 mai, les cours ont repris à l’école. Un piquet quotidien se tient encore devant l’école le matin et un arrêt de travail a lieu chaque jour pendant la 1re heure de cours pour déterminer les futures actions à mener. Quelle que soit l’issue du vote, le combat continue.
