D’Ieteren licencie pour les profits

D’Ieteren Auto, le distributeur exclusif de voitures du groupe VW (Audi, Skoda, Seat, etc.) , détenu par une des familles les plus riches de Belgique, a annoncé la suppression de 344 emplois sur 2.644.

La famille D’Ieteren, riche à milliards, aurait largement de quoi payer les salaires de ces travailleurs pour des dizaines d’années. Elle est bien représentative de ces grandes familles de parasites capitalistes qui se gavent sur le dos des travailleurs, et avec l’aide massive de l’État.

Dès le début du 19ème siècle, la famille D’Ieteren, bien introduite dans la grande société parisienne de l’époque, se lance dans la vente de carrosses de luxe. Ils se convertissent dans les voitures au début des années 1900, mais sont écrasés par la concurrence au moment de la première guerre mondiale, licenciant déjà des centaines de travailleurs.

Mais contrairement à leurs salariés, les D’Ieteren, eux, sortent de la faillite toujours aussi fortunés et vont se reconvertir à partir de 1930 dans l’importation et l’assemblage de voitures américaines.

La montée du protectionnisme européen devient une opportunité pour la famille. Avec les taxes d’importation élevées après la deuxième guerre mondiale, les entreprises automobiles étrangères vont chercher à produire les voitures en Belgique directement. Les D’Ieteren développent la production des voitures de VW, les Coccinelles, dans l’usine de Forest.

En développant leur fortune, les D’Ieteren investissent le plus grand terrain historique d’enrichissement de la bourgeoisie belge : la colonie congolaise. Avec l’aide de l’État belge, ils vont y avoir le quasi-monopole de la vente de voitures et de camions avec leur filiale DIFCO, et y investir dans l’immobilier. Ils participent ainsi au pillage colonial jusqu’à ce que le soulèvement de la population congolaise finisse par imposer la fin de la colonisation en 1960.

Après la perte de leurs activités coloniales, la famille D’Ieteren diversifie ses activités, multiplie les contrats d’importation, et se lance dans la location de voitures. Dans les années 1970, la famille va encore bénéficier du soutien de l’État. C’est le développement des voitures de société qui permettent aux entreprises de mettre des voitures à disposition de leurs salariés sans payer d’impôt sur cette partie du salaire. Ce sont les travailleurs aux plus hauts revenus qui bénéficient de cet avantage, qui va ouvrir un nouveau marché juteux pour les D’Ieteren.

C’est aussi dans les années 70 que les D’Ieteren revendent l’usine de Forest à Volkswagen, dont le dirigeant, Ferdinand Piëch, était un camarade de classe de Roland D’Ieteren dans le très prestigieux Lycée Alpinum Zuoz en Suisse. C’est le même Roland D’Ieteren qui présente à Piëch le premier ministre belge de l’époque, Guy Verhofstadt, pour obtenir des millions de cadeaux de l’État lors du rachat de l’usine Volkswagen par Audi en 2007.

Ceux-ci se hissent à la première place des ventes de voitures en Belgique et en particulier dans les voitures de société. Cette explosion leur permet d’accumuler suffisamment de capital pour acquérir en 1999 le géant de la réparation Carglass, puis la société de papeterie Moleskine, ou encore plus récemment le distributeur de pièces détachées TVH Parts.

Nicolas D’Ieteren, le principal héritier du groupe, devient ainsi, avec l’aide de l’État, et à travers l’exploitation de milliers de travailleurs, la deuxième fortune de Belgique avec 5,5 milliards en 2026 selon le magazine Forbes.

Aujourd’hui, ces capitalistes sont prêts à licencier massivement pour aller investir ailleurs, car l’automobile ne rapporte pas assez à leur goût. Mais ils ont accumulé des milliards d’euros pendant des années sur les dos des travailleurs qui vont se retrouver demain sans emploi. En 2024, le groupe a ainsi sorti plus de 4,18 milliards de dividendes à ses actionnaires bien plus que ses profits, dans une opération financière très lucrative… qui a fait exploser l’endettement de toutes les entreprises de D’Ieteren Group, dont D’Ieteren Auto qui licencie aujourd’hui.

Les capitalistes n’hésitent pas à mettre à la porte des centaines de travailleurs pour augmenter leurs profits.

Mais les travailleurs n’ont aucune raison d’accepter de perdre leur gagne-pain pour gaver encore plus des milliardaires. Avec les 4,18 milliards de dividendes de 2024, il y aurait de quoi payer les salaires de l’ensemble du personnel de D’Ieteren Auto pendant… 14 ans ! Alors, c’est dans les coffres des actionnaires qu’il faut aller chercher l’argent !