Offensive contre les cheminots

Le ministre Crucke (MR) poursuit son offensive contre les cheminots et les usagers du rail !

Conducteurs, accompagnateurs, ouvriers et techniciens s’étaient pourtant fortement mobilisés lorsque le ministre avait révélé ses intentions début 2026. Mais plutôt que de chercher à renforcer cette mobilisation, les directions syndicales ont adopté dans les mois qui ont suivi une stratégie de grèves éparpillées qui a répandu la lassitude et la démoralisation parmi les cheminots et n’a pas permis de construire un rapport de force.

Crucke a donc continué d’imposer son agenda. Mardi 31 mars, le texte du projet de réforme des chemins de fer a été approuvé en commission à la Chambre. Ce texte doit encore être voté par les parlementaires avant de devenir une loi. Si elle est adoptée, cette loi supprimera le statut des cheminots, affaiblira les syndicats du rail, et séparera administrativement les cheminots engagés par la SNCB de ceux embauchés par Infrabel.

Des attaques pour préparer l’ouverture à la concurrence

Crucke, le gouvernement et le patronat, préparent l’ouverture à la concurrence du rail prévue pour 2032. Leur but avoué est d’imposer les normes d’exploitation capitaliste aux cheminots, en s’attaquant aux conditions d’embauches ainsi qu’au poids de la représentation syndicale face à la direction

La fin du statut

Jusqu’à aujourd’hui, les cheminots, comme d’autres travailleurs du public, sont embauchés en tant que statutaires et non pas en tant que contractuels. Ce statut rend notamment plus difficile leur licenciement et les protègent partiellement de la violence patronale que connaissent partout les travailleurs intérimaires, en CDD ou en CDI, menacés en permanence de perdre leur emploi.

Crucke, le gouvernement et le patronat veulent mettre un terme à cette protection. Pour pouvoir disposer de la même arme que tous les capitalistes – la menace de licenciement – la réforme prévoit que les futurs embauchés du rail le soient sous contrat et non pas sous statut. Mais ce n’est pas tout : le ministre Crucke lui-même l’a admis à demi-mot au : cette mesure servirait aussi à faciliter les licenciements collectifs !

Finir avec HR Rail : diviser pour mieux régner

Aujourd’hui autant le personnel employé par la SNCB (responsable du transport de voyageurs) que celui d’Infrabel (responsable des infrastructures ferroviaires) sont embauchés par la même entreprise : HR Rail. Le projet de loi de Crucke prévoit de mettre un terme à cette situation : chaque entreprise recevant la prérogative d’embaucher ses propres salariés.

La manœuvre vise deux objectifs du gouvernement et du patronat.

D’une part, il s’agit de séparer administrativement les cheminots de la SNCB de ceux d’Infrabel. Le but est de porter atteinte à la solidarité entre cheminots. Lors des prochaines attaques sur les salaires ou les conditions d’embauche, le gouvernement et les directions veulent pouvoir s’en prendre aux salariés d’Infrabel ou de la SNCB séparément, espérant ainsi rendre plus difficile une lutte qui unirait les salariés des deux entreprises. Cette tactique patronale n’est pas neuve : dans bien des entreprises capitalistes les salariés sont ainsi divisés en fonction de leurs contrats par la multiplication des sous-traitants !

D’autre part, le début de démantèlement d’HR Rail prépare de nouvelles étapes de la privatisation du rail. Séparer la SNCB d’Infrabel permettrait au gouvernement de privatiser progressivement le rail « par petits bouts ». C’est ce qui s’était passé avec la division de transport de marchandise B-Cargo, devenue SNCB logistics en 2011 pour ensuite être privatisée et devenir l’entreprise Lineas.

Attaque contre les syndicats

Même si les directions syndicales adoptent depuis longtemps une logique de « cogestion » avec les directions du rail, il arrive que sous pression des cheminots elles s’opposent aux attaques contre les conditions de travail des cheminots. Bien que cela n’ait pas empêché les reculs depuis des dizaines d’années, c’en est déjà trop pour Crucke et le patronat. Ainsi par sa réforme le ministre veut affaiblir les travailleurs en affaiblissant les syndicats du rail.

Le projet de loi prévoit donc la mise en place d’un « comité d’escalade » lorsque la concertation entre direction et syndicats s’enraye. Ce comité sera composé de trois représentants syndicaux et des CEO des trois sociétés du rail (SNCB, Infrabel et HR Rail) auxquels s’ajoutent les présidents des conseils d’administrations des trois sociétés. Il est prévu que ce comité décide aux deux tiers, permettant ainsi aux CEO des trois sociétés et aux trois présidents des conseils d’administrations de s’unir pour imposer leur décision aux dirigeants syndicaux.

En choisissant de disperser les luttes, les dirigeants syndicaux se tirent eux-mêmes une balle dans le pied, et ce sont les travailleurs qui en payeront le prix !