Mardi 26 novembre, des dizaines de milliers de travailleurs des écoles francophones ont fait grève, répondant à l’appel du front commun syndical. Des piquets filtrants étaient organisés devant chaque école, comme demandé par les organisations syndicales, mais aucune manifestation d’ensemble permettant de se regrouper et se compter n’avait été prévue.
Cependant, des rassemblements étaient organisés dans des gares à Bruxelles pour ceux dont l’école était complètement fermée ou pour se retrouver après le piquet. Dans certaines villes comme Namur, Liège, Mons, La Louvière des rassemblements en ville étaient organisés qui ont rassemblé jusqu’à plusieurs milliers de personnes.
La grève semble avoir été bien suivie, tant dans le primaire que dans le secondaire, comme l’ont montré les nombreuses photos de piquets diffusées sur les réseaux sociaux et dans la presse.
Cette grève ainsi que les arrêts de travail qui ont été organisés dans les semaines précédentes ont été l’occasion pour de nombreux enseignants d’exprimer leur colère par rapport aux attaques prévues mais aussi par rapport à la situation dans les écoles qui est de plus en plus difficile.
Certains s’étaient mis en grève inquiets des attaques sur leur statut, inquiets des pertes de droits aux congés maladie, à la pension, à l’augmentation de la charge de travail annoncée. D’autres faisaient grève « pour leurs élèves », en particulier dans le qualifiant qui subit les premières attaques.
Beaucoup ont fait grève pour la première fois.
La ministre Glatigny et Bouchez mentent dans la presse en disant que c’est dans l’intérêt des jeunes professeurs d’avoir un CDI, que c’est une solution pour résoudre le problème de la pénurie, pour avoir un enseignant devant chaque élève… En réalité , le problème auquel répond la ministre est de réduire le déficit budgétaire, et cela ne peut rien apporter de bon.
Les mensonges de la ministre, en particulier sur le plateau de la rtbf au soir de la grève, ont choqué de nombreux professeurs qui ne sont pas dupes.
Quelle suite au mouvement ?
Le front commun syndical avait prévu un calendrier d’action s’étendant sur toute l’année scolaire… mais n’a toujours communiqué aucune date précise pour une prochaine action !
Ils mobilisent en pointant du doigt le gouvernement MR-Engagés, et s’il est vrai que les attaques annoncées sont de grande ampleur et viennent liquider ce qui reste de l’enseignement public, les économies sur les budgets de l’enseignement durent depuis des dizaines d’années et ont été menées par tous les partis, y compris le PS.
Aujourd’hui, alors que tous les services publics sont attaqués en même temps, la fonction publique, la santé, les administrations, comme le privé, où le nombre de licenciements est en hausse constante, ce serait l’occasion de réagir tous ensemble. C’était le sentiment de nombreux enseignants ayant participé à la mobilisation qui voyaient la faiblesse que représentaient des actions en ordre dispersé, chacun devant son école, ou dans un secteur à la fois.
Conditions de travail et de contrats des travailleurs
Le gouvernement s’en prend au statut des enseignants. Il prévoit de supprimer la nomination, ce qui permettra de faciliter les licenciements, et de diminuer les droits aux congés maladies, à la pension, au reclassement dans un autre établissement en cas de diminution d’heures…
Il s’agit aussi d’augmenter la charge de travail : Tous les nouveaux embauchés devront prester deux heures supplémentaire par semaine gratuitement et le nombre de professeurs dans le qualifiant va être réduit. Il est aussi question de demander aux enseignants d’être présents 40 heures à l’école, au lieu de 20 ou 22 actuellement, le temps de préparation et de correction étant compris dans le salaire. Quand est-ce que les professeurs pourront préparer leurs cours, s’ils sont à temps plein à l’école ? Comment pourront-ils se préparer et pouvoir avoir les capacités humaines de calme et de pédagogie indispensables pour être en capacité de transmettre le savoir aux jeunes ?
Le salaire ne serait plus augmenté à l’ancienneté mais au mérite… Les écoles devant devenir chacune une sorte de petite entreprise dans laquelle la direction serait l’employeur et pourrait décider des embauches et du mérite de chacun…
Et comme il y a une réelle pénurie dans l’enseignement, à laquelle la ministre prétend vouloir remédier, il est prévu de pouvoir embaucher des « experts » c’est-à-dire des travailleurs dont enseigner n’est pas la formation et qui seront payés moins cher. Et pour pallier au manque de professeur de langue, il s’agit de diminuer par deux le nombre d’heures de cours de langue pour diminuer la pénurie de moitié, sans embaucher !
Et pour les élèves ?
Actuellement, l’enseignement qualifiant est principalement visé : le nombre d’élèves par classe va augmenter et de nombreuses options vont être supprimées. A terme, il est question que les filières techniques et professionnelles de l’enseignement qualifiant soient remplacées par l’enseignement en alternance c’est-à-dire, trois jours au travail, deux jours à l’école. Il s’agit là de fournir de la main-d’œuvre gratuite au patronat dès 15 ans et cela privera les jeunes de culture générale, car combien seront encore capable de suivre des cours après leurs journées de travail ?
En ce qui concerne la suppression de la 7ème, pour le moment la ministre ne l’annonce que pour certaines catégories d’élèves, ayant déjà un CESS, mais c’est une manœuvre habituelle que d’attaquer une catégorie après l’autre, ainsi que de rester dans le flou de l’ampleur ou du calendrier d’application des mesures. Ainsi on peut légitimement se demander si, à l’avenir, les élèves du qualifiant, réduit à l’enseignement en alternance, auront encore accès au CESS.
Les élèves majeurs ne pourront plus s’inscrire en 3ème et 4ème secondaire et ceux de 21 ans devront quitter le secondaire. La ministre prétend les orienter vers l’enseignement pour adultes et la promotion sociale alors que ces secteurs subissent aussi de grosses économies !
Et comme les ministres sont pour le moment à l’aise pour annoncer leurs attaques : la fin de la gratuité scolaire est annoncée ! Cette gratuité qui n’a jamais réellement existé, et qui consistait à fournir le matériel, bics et cahiers aux enfants du maternel et des premières années du primaire est supprimée.
Toutes ces mesures sont dans la continuité des économies réalisées depuis des années. Le Pacte d’excellence prévoyait déjà la privatisation de l’école, et les mesures annoncées vont dans ce sens. Alors que l’école manque déjà cruellement de moyens pour pouvoir accueillir convenablement et former correctement les jeunes, ces nouvelles économies viennent détruire ce qui subsiste de l’enseignement public.
La mobilisation des enseignants à Mons
Le 26 novembre, à 7h30 du matin, 150 personnes se rassemblent place Nervienne. Ils sont enseignants du public et du privé, professeurs, instituteurs, du général, du technique, de l’enseignement spécialisé. Des aides-soignants et des techniciennes de surface de CPAS sont venues prêter main-forte. On écoute avec attention la répartition des groupes militants, détaillée par une responsable syndicale. Puis on s’en va, paquet de tracts sous le bras, rejoindre ceux déjà en place sur des carrefours, devant la gare, le rond-point à la sortie de l’autoroute. Les grévistes veulent faire connaître la raison de leur action au public. Parmi les travailleurs qui se rendent au travail, beaucoup approuvent cette mobilisation car ils s’inquiètent du délabrement de l’école.
… à La Louvière
Après les actions du matin, les grévistes sont rejoints par des collègues de la région de Mons et de Charleroi. Un cortège de 1.000 manifestantes et manifestants défile dans les rues. La majorité sont de jeunes enseignants, ceux-là même que la ministre Glatigny voulait mettre de son côté avec ses promesses de CDI. Qui peut croire que des écoles, étranglées par les « enveloppes fermées » où l’on doit choisir entre l’embauche d’éducateurs ou l’entretien de la chaudière, seront en mesure de garantir des contrats stables aux enseignants ?
…à Bruxelles
A l’Athénée Royal Toots Thielemans de Molenbeek, les enseignants en grève du secondaire ont été rejoints au piquet par les collègues du primaire dont l’école est attenante.
Cela a été l’occasion de faire connaissance, dans la bonne humeur, heureux de nous retrouver une trentaine au piquet pour crier notre colère. Et de discuter ensemble des problèmes auxquels nous sommes confrontés: la pauvreté grandissante qui frappe nos élèves, l’état déplorable des bâtiments dans lesquels ont les accueille…
Les enseignants du primaire avaient collé sur la porte de l’école des photos dénonçant la vétusté de leurs locaux.
Ceux du secondaire avaient rédigé un tract en plusieurs langues (arabe, anglais, espagnol, néérlandais, français) à destination des parents d’élèves afin de leur expliquer les raisons de la grève et de les inviter à les soutenir dans la lutte. Ça a été très apprécié par les élèves et par les passants, ainsi que par les professeurs d’autres écoles rencontrés au rassemblement de la gare centrale. Certains, d’une école des Marolles, disant, “la prochaine fois, on le fera en roumain”.
Quant aux photos des locaux, elles étaient familières aux collègues des Marolles, d’Etterbeek et d’Ixelle croisés à la gare. Et de comparer les souris et cafards de Molenbeek, aux rats d’Ixelles, et aux pannes de chauffage partout !