Les sous-traitants et intérimaires devant le 201 maintiennent leur campement depuis désormais plus de trois mois. Chez le sous-traitant Imperial (DP World), la grève dure depuis quatre semaines. Devant l’entrée principale, des tentes Audi se sont ajoutées.
Dans une vidéo de plus de trois minutes, le directeur prétend vouloir négocier tout en se lamentant sur le fait que la production reste bloquée à cause d’une minorité, ou encore que des travailleurs se sont rassemblés devant la salle de réunion entre patrons et syndicats. Le directeur essaye, bien sûr, d’isoler les travailleurs conscients que sans la pression d’une mobilisation, les négociations n’apporteront pas grand chose.
Pendant ce temps, la direction d’Audi et celles des firmes sous-traitantes jouent la montre et baladent les négociateurs syndicaux d’une réunion pour ne rien dire à la suivante. Selon le dernier compte-rendu syndical, les montants des indemnités seraient annoncés le 10 décembre, suivi d’un référendum.
Si les chiffres qui circulent actuellement – un socle de 15.000 euros brut plus 5.000 € brut par année d’ancienneté, limité à 25 ans, sont confirmés, l’indemnité la plus haute serait de 140.000 euros brut, même pas 70.000 euros net. Lors des licenciements par Volkswagen en 2006-2007, l’indemnité la plus élevée pour des ouvriers était de 125 000 € brut. Mais depuis, les prix ont presque doublé en moyenne. Quant aux travailleurs avec une ancienneté de dix ans, le montant net tournerait autour de 32.000 euros brut. Une misère ! En dix ans, et même en cinq ans, on a le dos, les épaules, les poignets cassés et il ne sera pas facile de retrouver du travail. Tout le monde comprend que la vie qui attend les travailleurs après Audi, sera faite de salaires plus bas et de travail peut-être encore plus dur.
Alors, la lutte n’est pas finie et les évènements actuels doivent nous servir pour la suite : non, on ne peut pas compter sur les politiciens. Et oui, dès qu’on franchit la ligne du secret des affaires, la police défend les patrons à coup de matraque.
Notre bulletin d’entreprise est paru en nombre réduit. Il a été donné aux travailleurs rassemblés devant à l’usine et a circulé en format digital sur les réseaux:
Les violents, les vandales, ce sont eux !
Dans sa vidéo, le directeur d’Audi dit condamner la violence et le vandalisme. Ce sont les actionnaires d’Audi qui jettent 3.000 travailleurs d’Audi, 1.000 travailleurs des sous-traitants et leurs familles dans l’insécurité et le chômage… et c’est eux qui nous accusent de violence ! C’est Audi qui condamne sa propre usine à la rouille et qui nous accuse de vandalisme ! Ce sont les actionnaires et les patrons qu’il faut virer, pas les travailleurs !
« Chers collègues »…
C’est ainsi qu’il commence sa vidéo. Nous ne sommes pas ses collègues. Nous sommes des ouvriers ! C’est nous qui avons produit les milliards que les actionnaires se sont mis dans la poche et nous n’avons aucune raison d’accepter de nous laisser jeter dehors avec des cacahuètes !
Les limites à franchir
Encore dans sa vidéo, le directeur prétend que des travailleurs « ont franchi une limite ». Quelle limite ? Celle d’ouvrir la porte d’une salle de réunion où se discute leur vie, le sacrifice de leur salaire, l’avenir de leurs enfants. Le patronat entend tenir les travailleurs à distance de ces discussions, avec l’aide de matraques policières, s’il le faut.
Voilà le visage de la dictature bourgeoise qui ne veut œuvrer que dans le secret. Et oui, il faut se donner les moyens de franchir ces limites, et même de les abolir ! Tout doit se discuter devant les travailleurs qui créent toutes les richesses et font tourner toute la société !
La peur peut vite changer de camp
Mercredi 13 novembre, nous avons pu voir la peur dans les yeux des directeurs par la simple présence des ouvriers qu’ils entendent envoyer au chômage.
Et oui, tout va bien pour eux tant que les travailleurs sont absents des négociations. Mais dès le moment où nous compterons sur nos propres forces pour construire notre unité et notre nombre, la peur sera dans leur camp.
La désindustrialisation ? Nous sommes des millions !
Une petite musique tourne en boucle à la radio et à la télévision, celle de la « désindustrialisation » de l’Europe. Le refrain nous chante qu’il n’y aura plus d’ouvriers et que nous n’aurons pas d’autre possibilité que d’accepter des sacrifices pour de nouveaux cadeaux aux actionnaires.
Mais en fait, rien qu’en Allemagne, 8,5 millions de personnes travaillent dans le secteur de l’industrie. Combien de millions de travailleurs au niveau européen ? Au moins 120 millions, ouvriers et employés ! Ils veulent que nous nous résignons, mais en fait, nous pouvons être une force !
Il nous faut notre propre démocratie
Peu importe le nombre qu’on est, il nous faut nous organiser pour pouvoir décider ensemble et mettre nos décisions en œuvre. Le meilleur moyen pour cela, maintes fois éprouvé dans l’histoire des luttes des travailleurs, ce sont des assemblées où on discute de tout et décide par le vote à main levée, et un comité élu et révocable par ceux qui luttent.
L’IG Metall défend les baisses de salaire
Les dirigeants de l’IG Metall chez Volkswagen en Allemagne appellent à la mobilisation contre les fermetures d’usines. Mais en même temps, ils proposent eux-mêmes des baisses de salaire pour éviter les fermetures, tout en atteignant des « objectifs de baisse de coût ».
Ils proposent aussi la baisse des dividendes et des rémunérations exorbitantes du management. Mais en fin de compte, lequel des deux volets de leurs propositions va se réaliser, s’ils partent dans le combat en signalant déjà qu’ils sont prêts à imposer des sacrifices aux travailleurs ?
Crise ou pas crise, aucun travailleur ne doit se retrouver sans salaire ou avec un salaire amputé. S’ils vendent moins de voitures, qu’on répartisse le travail entre tous, sans perte de salaire, en prenant sur les profits !