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Algérie, avec la démission de Bouteflika la mobilisation populaire a marqué un point

C’est avec « Bouteflika
dégage ! » qu’ont éclaté les premières manifestations en Algérie fin
février 2019, quand Bouteflika a annoncé qu’il allait se représenter pour un
cinquième mandat. Les manifestations n’ont fait que s’amplifier ensuite, dans
tout le pays, et les grèves se sont multipliées. L’armée a fini par lâcher cet
homme devenu impotent et le pousser dehors. La hiérarchie militaire avait
toujours été un soutien indéfectible de Bouteflika. Mais pour tenter de calmer
la population, le chef d’état-major Gaïd Salah a fini par
« démissionner » Bouteflika le 2 avril. Ce furent bien sûr des
explosions de joie dans toute l’Algérie.

Mais la population ne s’est pas
laissé duper. Vendredi 5 avril, la 7ème manifestation hebdomadaire,
la première après la démission de Bouteflika, a été au moins aussi nombreuses
que les précédentes. Massivement les jeunes, les femmes, toute la population, a
envahi les rues de toutes les villes, de l’Est à l’Ouest, et même aux portes du
désert, dans les cités pétrolières.

Dans de nombreuses villes, des
manifestations ont lieu presque tous les jours. Plus de la moitié de la
population algérienne a manifesté à un moment ou un autre. De nombreuses grèves
ont éclaté dans les entreprises, celles du secteur public comme du privé. Les dirigeants
des syndicats, dont le plus important l’UGTA, ont été dénoncés comme complices
du système.

Rien ne semble en mesure de faire
céder la détermination de la population.

En chassant Bouteflika, l’armée
tente d’engager une transition en douceur pour promouvoir d’autres
représentants politiques qui auraient l’assentiment de la population. Des
élections et assemblée sont annoncées dans quelques mois. Ceux qui sont à la
tête de l’Algérie depuis des dizaines d’années sont prêts à ce que tout change
à la tête de l’État… pour que rien ne change dans la société. Mais la
population n’a aucune confiance et rejette tous les anciens dirigeants de
l’époque de Bouteflika, y compris Gaïd Salah. Les manifestants exigent et
écrivent sur leurs banderoles et pancartes « Système dégage » !
Que tous ceux, politiciens, capitalistes et militaires qui se sont enrichis et
ont dilapidé les richesses de l’Algérie dégagent.

Alors que le pays est riche en
hydrocarbures, les services publics se dégradent, les écoles sont surchargées,
les hôpitaux sont à l’abandon. L’été dernier, une épidémie de choléra, cette
maladie de la pauvreté, a frappé. En même temps, les affairistes siphonnent les
recettes du pétrole, du gaz, du BTP ou de l’import-export. Les capitalistes
étrangers, les Renault, Total, Sanofi ou Lafarge, ne sont pas en reste, attirés
par les ressources du pays et la main-d’œuvre bon marché. La population n’en
peut plus du chômage, des salaires à 100 euros, du mépris du pouvoir en place.
« Que tous partent ! » exige la population. Des élections sous
le contrôle de la population elle-même sont proposées par des manifestants, et
une assemblée constituante qui refonderait la constitution, ainsi que le
jugement des corrompus.

Des millionnaires très connus se
sont enrichis notamment grâce à la corruption des marchés publics. Certains
s’apprêtaient à quitter le pays. Ils ont été ramenés et interdits de sortir du
territoire. Quelques enquêtes ont été ouvertes pour corruption et détournement
de fonds publics. De nombreux haut cadres de l’armée, en activité ou
pensionnés, sont aussi impliqués dans le système de corruption, quelques-uns
sont mis en cause par la justice. Le gouvernement de transition et
l’état-major, sous la pression de la population qui crie « Ils ont les
millions, nous sommes des millions » tentent de lâcher du lest, pour
éviter de tous couler avec le « système ».

Les révoltes tunisienne et
égyptienne de 2011 furent elles-aussi porteuses de grands espoirs. Bien des
protestataires y ont donné leur vie. Pourtant l’espoir des classes populaires
de ces deux pays a été trahi. Les riches ont gardé le pouvoir réel. En Égypte,
un dictateur a pris la place du précédent. En Algérie même, l’armée peut
représenter un danger. Par le passé, elle a montré qu’elle était prête aux
pires massacres. Ce fut notamment le cas en octobre 1988, quand les jeunes des
quartiers populaires se mobilisèrent et que l’armée en tua plusieurs centaines.

Des intérêts contradictoires se
dissimulent derrière l’unanimité des manifestants. La majorité d’entre eux
veulent avoir un travail et pouvoir en vivre dignement. Par contre, Des
privilégiés, comme le milliardaire Issad Rebrab, patron de Cevital, veulent une
plus grande part du butin.

En
fait, l’avenir de la situation en Algérie va dépendre de la capacité de la
population, et en particulier des travailleurs des grandes entreprises, de
maintenir leur mobilisation, de ne pas se laisser tromper par des politiciens
bourgeois que l’armée va pousser en avant.