Suppressions d’emplois chez AGC

Le groupe verrier japonais AGC a annoncé de nouvelles suppressions d’emplois en Europe, dont 103 en Belgique.

C’est ainsi que AGC s’adapte à la baisse de l’activité dans le secteur de la construction tout en maintenant, voire en augmentant, ses profits au niveau mondial, avec 370 millions d’euros en 2025 et 410 millions d’euros prévus cette année. Comme quoi l’argent existe pour maintenir les emplois, même lorsque l’activité baisse !

AGC-Splintex 2005 : une grève de 105 jours

A Fleurus, en décembre 2004, une grève démarrait à Splintex, le site de production de verre automobile d’AGC.

Durant 105 jours, les grévistes allaient s’opposer à un plan de 284 licenciements sur 810 travailleurs. Le carnet de commandes était pourtant plein jusqu’en 2008. Les profits d’AGC battaient des records, avec 1,3 milliard de dollars en 2003. Mais, comme le déclarait le président d’AGC de l’époque, la volonté du groupe était « d’augmenter sans relâche le profit des actionnaires ».

Pour arriver à ses fins, le patron de Splintex ne reculait devant aucune provocation. La liste des travailleurs licenciés avait été rendue publique, pour permettre aux cadres de harceler les autres afin de les pousser à reprendre le travail. Les non-grévistes étaient acheminés en car sous escorte de la police qui forçait chaque matin le piquet de grève. Un tribunal condamnait des grévistes à une astreinte de 7.500 euros.

La presse se déchaînait contre les grévistes, accusés de vouloir faire fermer l’usine. Les politiciens n’étaient pas en reste. Le ministre-président wallon, le socialiste Van Cauwenberghe, déclarait que la grève « était une tache noire pour la Wallonie » et accusait les grévistes « de faire fuir les investisseurs ». Marcourt, le ministre socialiste wallon de l’emploi, intervenait pour appuyer la direction et insistait « pour la laisser supprimer les 249 emplois prévus ».

Pourtant les grévistes de Splintex bénéficiaient d’un réel courant de sympathie parmi la classe ouvrière. Une génération de travailleurs, encore sous l’influence des luttes de Clabecq (1995-96), de la marche blanche (1996), de Renault Vilvoorde (1997), entretenait une tradition de résistance collective face aux patrons et aux gouvernements. En 2004, lors d’une manifestation contre une remise en cause de l’indexation des salaires, la seule FGTB avait été capable de mobiliser 70.000 personnes en trois jours.

Devant le soutien des médias et des politiciens au patron de Splintex, et face à la capacité d’une multinationale face à la grève d’un seul site, de nombreux grévistes s’étaient convaincus de la nécessité de s’adresser aux autres travailleurs. Ils voulaient se rendre vers d’autres usines, même en dehors du groupe AGC.

Des militants d’extrême-gauche proposèrent dans des assemblées de la FGTB une grève de solidarité de 24 heures dans la région de Charleroi.

Mais pour les dirigeants de la FGTB, il ne pouvait en être question. Christian Viroux, le permanent FGTB du verre, répétait aux grévistes « AGC c’est AGC », menaçant de couper les indemnités de grève en cas d’actions devant d’autres entreprises.

Les délégués syndicaux des autres secteurs qui reprenaient l’idée d’une grève de solidarité étaient ignorés ou intimidés par les permanents de la FGTB.

La solidarité des dirigeants de la FGTB allait au PS, et les ministres socialistes étaient du côté des patrons contre les grévistes.

Le 13 mars 2005, les syndicats réunis à Namur avec des représentants de la direction, signaient en secret un protocole d’accord pour le licenciement de 249 travailleurs, principalement les grévistes, en précisant « quelle que soit l’issue de l’assemblée (des travailleurs), les organisations syndicales s’engagent à signer le pré-accord ».

Devant cette trahison, la détermination des grévistes et la fierté de se battre pour l’intérêt commun de tous les travailleurs fit place à l’amertume et au désespoir.

La grève d’AGC-Splintex n’est qu’un exemple, parmi des dizaines d’autres, de la façon dont les dirigeants de la FGTB ont dilapidé la confiance des travailleurs en leur force collective et dans les organisations syndicales.

La position du PTB à Splintex

L’attitude du PTB lors de cette grève a révélé un tournant important dans la politique syndicale du PTB.

Des militants du PTB, ouvriers à Splintex, jouissaient d’une réelle confiance des grévistes. La direction du PTB était parfaitement consciente de la complicité des responsables de la FGTB avec le PS. Mais à aucun moment ce parti ne fit le choix d’aider les grévistes à confirmer leur volonté de s’adresser aux autres usines pour sortir de leur isolement.

Le dirigeant de la Centrale du verre de la FGTB, Christian Viroux, acteur principal de la trahison des grévistes de Splintex, remerciait le PTB en ces termes « à aucun moment, le PTB n’a essayé de récupérer le conflit et ne s’est jamais immiscé dans la gestion de celui-ci ».

Ce choix était le début d’une politique à travers laquelle le PTB accepte de laisser la bureaucratie syndicale imposer son contrôle sur les luttes des travailleurs en espérant en retour son soutien sur le plan électoral… comme le PS le fait depuis plus d’un siècle.