Panier de crabes des alliances capitalistes

Avec l’instabilité croissante de la situation internationale, le jeu des alliances entre États bat son plein en dehors de toute considération pour les besoins des populations. Un des derniers épisodes en date est celui de la signature d’un contrat de vente de 20 avions de combat « Eurofighter » par le Royaume-Uni et la Turquie.

Ce juteux contrat, d’un montant de plusieurs milliards, n’est pas seulement un nouvel exemple de la montée du militarisme qui profite tant aux marchands de canons. Il révèle également le cynique imbroglio de la diplomatie capitaliste.

Qu’Ankara se tourne vers des avions de combat Eurofighter au lieu des F-35 américains, comme l’a fait par exemple la Belgique, mérite déjà d’être souligné. Car si la Turquie est un allié militaire des États-Unis au sein de l’Otan, le gouvernement d’Erdogan cherche depuis des années a gagner des marges de manœuvres diplomatiques en jouant la concurrence entre grandes puissances.

Ainsi, il y a un an, la participation d’Erdogan au sommet des BRICS à Kazan (dont Brésil, Russie, Inde, Chine…) choquait les éditorialistes occidentaux. Le dictateur turc n’en était pourtant pas à son coup d’essai, comme en 2017 lorsqu’il achetait à la Russie son système de défense antiaérienne S-400, au nez et à la barbe de son allié américain. Suite à cet affront, les dirigeants de Washington ont puni ceux d’Ankara en excluant l’État turc de certains de leurs programmes d’armement, et notamment celui pouvant donner l’accès aux F-35.

Ces pieds de nez et représailles en cascade ont ouvert une opportunité pour les pays producteurs d’avions de combat Eurofighter concurrents des F-35 américains. Ainsi le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, bien qu’alliés de la Turquie et des USA, ont trouvé l’occasion de déboucher le champagne au sujet du froid qui régnait entre les armées américaine et turque, les deux armées de l’OTAN avec le plus de soldats… Une véritable amitié entre scorpions…

D’ailleurs, la vente des Eurofighter à la Turquie par le Royaume-Uni était loin d’être garantie. L’Allemagne, au titre de pays coproducteur des Eurofighter, dispose d’un droit de véto sur ce genre de contrat. Initialement, Berlin s’opposait à la vente en raison du soutien d’Ankara au Hamas dans la guerre menée par Israël aux Palestiniens. Néanmoins, en juillet, l’État allemand a levé son désaccord en retournant sa politique à 180 degré: dorénavant Berlin souhaite que la Turquie participe même au programme européen d’armement SAFE, et cela malgré les résistances des dirigeants grecs.

Rappelons que la Turquie et la Grèce, États voisins, entretiennent depuis longtemps des conflits politiques, économiques et territoriaux. Dans ce jeu de force entre Ankara et Athènes, l’un et l’autre utilisent le fait que, depuis 2016, la Turquie fait office de garde frontière grassement payé par l’Union européenne. Les migrants refoulé d’Europe et parqués dans des camps sont régulièrement utilisés comme moyens de pression – en dépit de toute considération pour leurs vies.

Le récent retournement de l’État allemand montre le cynisme avec lequel les dirigeants capitalistes reprennent et accordent leur « amitié ». Ni la brutalité de la répression qu’impose Erdogan à toute opposition dans son pays, ni la guerre qu’il mène depuis des années au peuple kurde n’empêche les dirigeants occidentaux, prétendument démocratiques, de chercher à ré-attirer l’État d’Erdogan dans le giron occidental. Il est vrai que malgré leurs grands discours sur les “valeurs européennes” les responsables politi­ques des pays impérialistes sont loin d’avoir les mains plus propres que celles d’Erdogan… au con­traire, ils ont mené bien plus de guerres coloniales meurtrières !