Offensive patronale

Un an et demi d’austérité et de mesures anti-ouvrières n’ont pas assouvi l’insatiable appétit des exploiteurs. Par l’intermédiaire de Pieter Timmermans, le CEO de la Fédération des Entreprises de Belgique (la principale organisation patronale du pays), la bourgeoisie a fait connaître ses nouvelles exigences.

En guise de programme, elle a publié son « plan de croissance » : une série de mesures pro-patronales anti ouvrières, que le gouvernement pourrait adopter au plus tôt avec « trois mois de courage politique ».

D’après la FEB, ces mesures devraient être « accueillies favorablement par les agences de notation », ce qui suffit à mesurer l’ampleur de la menace qui pèse sur la population, et en premier chef sur la classe ouvrière.

Le patronat résume son programme pour la fin de l’année en dix points.

Premièrement, réduire les salaires par une réforme de la loi sur les salaires et du mécanisme de l’indexation.

Deuxièmement, aucune nouvelle taxe imposée aux capitalistes et aux entreprises ; réduction du déficit de l’Etat entièrement payée par la population.

Troisièmement, une politique fiscale pour drainer l’épargne de la petite bourgeoisie vers les marchés financiers et le financement des entreprises.

Quatrièmement, détricoter, notamment, de récentes directives qui visent à contraindre les entreprises à plus de transparence salariale.

Cinquièmement, limiter la portée de certaines directives européennes concernant l’écologie et les (prétendus) « droits humains », lors de leur transpo­si­tion dans le droit belge.

Sixièmement, poursuivre la précarisation du marché du travail. Annualisation du temps de travail sans obligation d’enregistrement du temps de travail ; nouvelles mesures pour faciliter les licenciements.

Septièmement, gel des embauches dans la fonction publique et viser à y supprimer massivement des emplois. A terme, création dans le secteur public « d’un vivier de travailleurs flexible et mobilisable selon les besoins »

Huitièmement, maintien des cadeaux aux entreprises qualifiées de « poules aux œufs d’or », notamment les subsides pour la recherche et le développement.

Neuvièmement, augmenter la pression pour le « retour au travail » des malades, et « des personnes âgées et issues de l’immigration ».

Dixièmement, appliquer au plus vite la loi votée par le gouvernement il y a quelques mois (la prétendue « norme énergétique ») qui doit assurer une réduction tarifaire et des subsides pour les factures d’énergies pour la grande industrie.

La réalité du rapport de force

La violence du « plan de croissance » de la FEB montre que la bourgeoisie compte profiter de la faiblesse des mobilisations qui se sont succédées depuis le début de la législature, compte tenu de l’ampleur des attaques. 

La servilité avec laquelle les directions syndicales ont tout fait pour disperser les luttes et éparpiller les grèves et les manifestations, convainc la bourgeoisie qu’elle peut laisser libre cours à ses ambitions ! Tant que les travailleurs se limiteront aux mots d’ordre syndicaux, le patronat se sentira fort !

Ainsi, contrairement au PTB et aux bureaucrates syndicaux qui crient victoire quand des reculs ne sont que retardés, le programme de la FEB, lui, ne ment pas !

Les travailleurs n’ont aucun intérêt à se faire des illusions sur l’état réel du rapport de force.

Pour devenir plus fort et reprendre confiance dans la capacité de défendre ses conditions de vie et de travail par la lutte collective, il n’y a pas d’autre choix que de préparer dès à présent les luttes futures !

Ne pas se laisser limiter par les directions syndicales !

Alors que le patronat avance une offensive claire et méthodique ; alors que le gouvernement De Wever (N-VA) annonce avec zèle vouloir ponctionner 10 milliards d’euros supplémentaires sur la population ; alors que Bouchez et l’économiste Bruno Colmant se sentent suffisamment à l’aise pour discuter dans la presse de supprimer 150.000 à 200.000 emplois dans la fonction publique – que proposent aujourd’hui les dirigeants syndicaux ?

Au-delà de la manifestation du 9 octobre, la direction de la FGTB se limite à menacer d’une journée de « grève générale » le 23/11 si le gouvernement ne renonce pas à trois « lignes rouges » : une attaque « unilatérale » (c’est-à-dire sans consultation des syndicats et contreparties cosmétiques) de l’indexation, la hausse de la TVA et à l’annualisation du temps de travail. La CSC, quant à elle, déclare vouloir attendre l’évolution des travaux budgétaires.

Mais pourquoi attendre ? Suspendre la grève à la décision du gouvernement, c’est renoncer à mobiliser les travailleurs ! Ce serait pourtant nécessaire pour que cette grève soit autre chose qu’une énième journée sans lendemain !

Les grèves et des manifestations sans lendemain, ne cherchent qu’à dissiper la colère pour éviter qu’elle ne déborde.

Alors, bien sûr, il faudra participer à cette journée de grève, si elle a lieu, pour ne pas donner l’occasion aux dirigeants syndicaux de dire : « voyez, les travailleurs ne suivent même pas pour une journée… alors une lutte plus longue vous rêvez ! »

Mais il ne faudra pas « suivre » les directions syndicales, mais décider nous-mêmes, à la base, entre travailleurs, des grèves, de leur durée et des revendications.

Car les luttes qui permet­tront aux travailleurs de gagner la force de faire reculer le patronat et le gouvernement ne peuvent venir que des travailleurs eux-mêmes !