Les 8 et 9 septembre, le Népal et surtout sa capitale Katmandou ont connu deux journées d’insurrection.
Le 4 septembre, le gouvernement a voulu restreindre et mettre sous contrôle les médias sociaux utilisés dans le pays, Whatsapp, Facebook et autres. Ils étaient le support de dénonciations de la corruption qui gangrène le pays. C’est notamment l’affichage sans complexe des enfants de la couche privilégiée au pouvoir, dans des orgies, bouteilles de champagne à la main, dans un pays de 30 millions d’habitants marqué par la misère. Le pouvoir, dirigé depuis 2008 par un parti qui se dit communiste marxiste-léniniste mais est au service des plus riches, pensait que la situation était sous contrôle.
Pour les masses populaires et la jeunesse, c’était la provocation de trop. Beaucoup de travailleurs du Népal sont dispersés à travers le monde, les réseaux sociaux sont le seul lien avec leur famille. Pour la grande majorité des Népalais qui vivent à la campagne, ce sont les seuls moyens de communication, en particulier avec leurs enfants.
Le 8 septembre, un petit groupe composé surtout d’étudiants, a appelé à manifester. Le mouvement a pris de l’ampleur, une grande partie de la jeunesse de Katmandou (un million d’habitants) et des grandes villes est descendue dans les rues, marchant contre les symboles du pouvoir, en particulier l’Assemblée nationale. La police a ouvert le feu, faisant au moins 19 morts, 72 morts dans tout le pays. Quelques policiers ont été tués, et, surtout, cela a provoqué l’embrasement de tout le pays.
Le lendemain, des centaines de milliers de manifestants ont rejoint la jeunesse dans la rue visant tous les symboles du pouvoir. Le Parlement a été détruit par les flammes, ainsi que toute une partie des bâtiments gouvernementaux, comme des tribunaux. Les portes des prisons ont été ouvertes et plus de 12.500 prisonniers s’en sont extraits. Le Premier ministre a été sorti de son domicile. Deux autres ministres ont été conduits sur la place publique, battus sévèrement sous les applaudissements de la population.
Les manifestants étaient ainsi maîtres de Katmandou et du pays. La police mise hors d’état d’agir, et l’armée, ce jour-là, cantonnée dans ses casernes.
Le même jour, le gouvernement démissionnait et le décret du 4 septembre était retiré. Le chef de l’armée, conjointement avec quelques hauts dignitaires de la Cour suprême, décrétait la dissolution de l’Assemblée nationale, la mise à l’écart des partis politiques et l’organisation de futures élections générales. Quelques jours plus tard, l’ex-présidente de la Cour suprême était nommée Premier ministre. Il était vital pour les représentants des classes riches de ne pas laisser le pouvoir vacant et sans représentant officiel.
La population, a trouvé en elle les ressources et l’énergie pour abattre le gouvernement, mais n’était pas préparée à exercer elle-même le pouvoir. C’est ainsi que le chef d’état-major de l’armée a pu faire sortir ses soldats dans la rue au nom, a-t-il dit, du maintien de l’ordre.
La population pauvre du Népal a pu prendre conscience de sa force et n’est peut-être pas près de l’oublier, et elle a montré au monde entier la puissance d’une population en lutte.
