La politique de l’impérialisme américain

Le 4 décembre, le gouvernement américain a publié sa National Security Strategy (Stratégie de sécurité nationale). Derrière la propagande et les effets d’annonce, ce document expose les priorités stratégiques de la première puissance impérialiste.

Au Moyen-Orient, après des décennies de guerres menées ou soutenues par les USA pour le contrôle des routes commerciales et des sources d’hydrocarbures, Washington cherche aujourd’hui à se désengager. Néanmoins, les États-Unis entendent continuer à contrôler la région en se servant d’Israël comme principal gendarme, tout en s’appuyant davantage sur des alliés régionaux.

Parallèlement, l’administration américaine réaffirme brutalement sa volonté de faire des Amériques sa chasse gardée, d’endiguer l’influence économique et politique de la Chine en Asie et en Amérique latine, de soutenir les partis d’extrême droite en Europe, et de transformer les guerres en cours – de l’Ukraine à la RDC – en opportunités de profits pour ses capitalistes nationaux. Loin d’un isolationnisme américain ou d’un « président faiseur de paix » cette stratégie assume une politique impérialiste agressive.

Amérique latine : chasse gardée américaine

« Notre hémisphère ». C’est ainsi que l’administration Trump désigne l’Amérique du Nord, centrale et du Sud. Cette formule est une mise à jour de la doctrine Monroe, proclamée en 1823. Les États-Unis se considèrent alors comme les seuls maîtres du continent américain et refusent toute présence de puissances concurrentes. À l’époque, il s’agissait de barrer la route aux empires européens ; aujourd’hui, la cible principale est la Chine, qui a développé des liens commerciaux avec des pays comme le Brésil, le Chili, le Pérou.

Le gouvernement américain veut contraindre l’alignement des pays latino-américains sur ses intérêts, pour garantir le libre accès et la prééminence des capitaux et marchandises américains sur tout le continent. Pour y arriver, les États-Unis prévoient de renforcer leur présence militaire et navale et utilisent le prétexte de la « guerre contre les cartels » de la drogue pour justifier l’ingérence et la mise sous pression des États du continent.

Le Venezuela est l’exemple typique de cette offensive. Depuis plusieurs mois, l’État américain intensifie la pression et cherche à renverser le président Nicolás Maduro. L’enjeu est clair : le pays possède parmi les plus grandes réserves d’hydrocarbures au monde. Depuis vingt-cinq ans, sous Chávez puis Maduro, les compagnies américaines ne contrôlent plus entièrement le secteur pétrolier, ce que le pouvoir américain n’a jamais accepté. En accusant Maduro d’être à la tête d’un cartel de la drogue, Trump et son secrétaire d’État Marco Rubio fabriquent un prétexte pour une intervention militaire.

Ce mensonge a déjà servi à justifier des frappes contre des embarcations en mer des Caraïbes et le déploiement massif de navires militaires américains au large des côtes vénézuéliennes. Le 10 décembre, un pétrolier vénézuélien a même été capturé par des soldats américains.

Trump entretient pour le moment l’incertitude sur une intervention militaire dans le pays. Quant à la population vénézuélienne, quelle que soit son opinion sur le régime autoritaire de Maduro, une intervention militaire américaine ne lui apportera que des bombardements, davantage de misère et un chaos encore plus profond.

Contenir la Chine et forcer l’ouverture de son marché

Dans leur National Security Strategy, les USA ciblent la Chine comme leur principal concurrent, dans plusieurs secteurs stratégiques, même si la Chine est encore loin de pouvoir contester la domination américaine.

L’objectif assumé de la bourgeoisie américaine est d’ouvrir beaucoup plus largement le marché chinois aux capitaux américains. La Chine a pu gagner, du fait de sa révolution nationale en 1949, des marges de manœuvres politique et économique vis-à-vis des États-Unis. Washington lui reproche de limiter l’accès à son marché. Sous couvert de dénoncer les subventions de l’État chinois et des « pratiques commerciales injustes » (que les États-Unis pratiquent eux-mêmes massivement), l’administration américaine exige leur suppression et pousse Pékin à « rééquilibrer son économie vers la consommation des ménages ». Les capitalistes américains ne se soucient évidemment pas du niveau de vie des travailleurs chinois mais ils veulent pouvoir faire plus de profits encore et y vendre leurs marchandises.

Sur le plan militaire, les États-Unis cherchent à contenir la Chine et à préserver leur domination en Asie. Pour cela, les USA continuent d’augmenter leur budget militaire, alors même qu’ils dépensent déjà plus de trois fois plus que la Chine.

Cette stratégie repose aussi sur le maintien du contrôle des chaînes d’îles qui entourent la Chine, notamment Taïwan, car elles permettent de maîtriser l’accès à certaines des voies commerciales les plus stratégiques du monde, au détriment de Pékin.

Dans les relations sino-américaines, ce n’est pas Pékin qui mène une politique agressive, mais bien les États-Unis, qui encerclent la Chine par un réseau de bases militaires et exercent un contrôle militaire sur les principales voies commerciales qui l’entourent.

Europe : Trump soutient l’extrême droite

L’État américain annonce un désengagement militaire progressif du continent européen afin de se recentrer sur le Pacifique et la confrontation avec la Chine. C’est ce qui a conduit Trump à exiger, en juin, que les États européens membres de l’OTAN portent leurs dépenses militaires à 5 % du PIB. Plus du double des dépenses actuelles de la Belgique par exemple.

Parallèlement, Washington cherche à s’appuyer sur des gouvernements européens alignés sur sa politique. L’administration Trump a ainsi annoncé son soutien à des partis d’extrême droite en Europe, comme il le fait déjà avec Orban en Hongrie, l’AfD en Allemagne, le Reform Party en Grande Bretagne et le RN de Marine Le Pen en France…

Guerre en Ukraine : place aux profits

Les États-Unis sortent renforcés de la guerre en Ukraine. L’armée et l’économie russes ont été affaiblies, tandis que les industries européennes ont souffert de la rupture avec le marché et le gaz russes et ont dû augmenter fortement leurs achats d’armes et de gaz naturel liquéfié américains.

Satisfait de ce résultat, après avoir encouragé l’Ukraine à rompre avec la Russie puis avoir soutenu la guerre (plus de deux millions de victimes), Washington affirme désormais vouloir « stabiliser la région ». En réalité, il s’agit surtout d’arrêter les combats pour rentabiliser leur mainmise sur l’Ukraine.

Les achats d’une grande partie des terres agricoles par des fonds d’investissement européens et américains, les accords d’avril sur les minerais ukrainiens, sur l’accès aux terres rares, aux minerais critiques, aux centrales nucléaires et aux marchés de la reconstruction de l’Ukraine… doivent maintenant être rentabilisés. Dans le même temps, certains capitalistes américains et européens voient aussi en Russie de nouvelles perspectives de profits et poussent à une normalisation des relations avec Moscou.

Des faux plans de paix

En Ukraine, mais aussi en République Démocratique du Congo, au Cachemire, Trump se présente depuis le début de son mandat comme un « faiseur de paix », alors même qu’il dirige la plus grande armée du monde et poursuit une politique agressive sur tous les continents.

À Gaza, malgré les discours officiels, l’occupation et les bombardements israéliens se poursuivent, tandis que la population tente de survivre dans les ruines.

En Afrique, l’administration américaine reconnaît elle-même que ces initiatives servent en réalité à ouvrir des marchés et à obtenir des concessions minières : « Les possibilités d’intervention [dans l’exploitation des ressources minières] incluent la négociation de règlements pour les conflits en cours (par exemple en RDC–Rwanda ou au Soudan), la prévention de nouveaux conflits […] ». Le prétendu accord de paix entre la RDC et le Rwanda – alors que les massacres se poursuivent – a ainsi été accompagné de signatures d’accords favorables aux intérêts miniers américains dans la région.

Un ordre impérialiste à renverser

La politique agressive de l’impérialisme américain, comme celle des puissances impérialistes de second rang en Europe, multiplie les foyers de tension à travers le monde. Au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique et en Ukraine, les conflits se développent et répondent aux mêmes intérêts capitalistes : l’accès aux matières premières et aux marchés. Face à ces rivalités, notamment entre USA et Chine, tous les États industriels se réarment à marche forcée et se préparent à des affrontements de plus grande ampleur.

Les travailleurs n’ont pas à accepter cette évolution. Aussi puissant que soit aujourd’hui l’impérialisme américain, sa domination repose sur l’exploitation d’une classe ouvrière toujours plus nombreuse, plus mélangée et plus connectée à l’échelle mondiale. Le jour où les travailleurs entreront à nouveau dans des luttes révolutionnaires, à coup sûr, ils ébranleront le monde.