Il faut une lutte d’ensemble des travailleurs !

Pendant un mois, les travailleurs de Bpost ont tenu face aux critiques, menaces et insultes dans les médias, bloquant la distribution du courrier et des colis, mettant en difficulté des particuliers et des entreprises. Mais malgré la propagande pro-patronale répétée en boucle, leur détermination à ne pas se laisser faire, à défendre leur droit de vivre, de travailler dignement, a inspiré courage et sympathie à bien des travailleurs. Rien ne peut effacer le fait que nous étions nombreux à reconnaître notre propre peine au travail, nos propres craintes pour l’avenir dans l’aggravation des conditions de travail contre lesquelles se défendent les travailleurs de Bpost.

Pour cette raison, l’État a finalement employé les huissiers et la menace des tribunaux pour s’attaquer à cette grève. La détermination à se défendre, le refus de se soumettre, menacent toujours de faire tache d’huile ! C’est pourquoi les dirigeants du capitalisme emploient leur arsenal et leurs sbires pour étouffer chaque lutte sociale. C’était le cas chez Delhaize, chez Audi, à la SNCB, aux TEC, et dans toutes les autres grèves.

Chez Bpost, la grève prend fin et il est probable qu’un accord entre la direction du groupe et les directions syndicales, du même genre que celui initialement refusé par les travailleurs, sera finalement appliqué. La grève a poussé la direction à accorder quelques concessions. C’est déjà cela de gagné. Mais quelles garanties pour l’avenir ? Les ravalements de façades ne suffisent pas et le fond des menaces contre les travailleurs reste entier. Cela fait des années que dans le privé et le public, le patronat et le gouvernement imposent des retours en arrière, notamment avec les « concessions » négociées par les syndicats!

Que faut-il en conclure ? Que les grèves ne servent à rien ? Qu’il faut se résigner à voir nos conditions de vies et de travail devenir de pire en pire ? Qu’il n’y a pas d’autre choix que de laisser le patronat et les gouvernements nous ramener un siècle en arrière, pendant qu’ils se préparent à envoyer mourir nos enfants dans une 3e guerre mondiale, dans le seul but de défendre leurs intérêts capitalistes ?

Certainement pas ! Pour nous et pour nos enfants, nous n’avons pas d’autre choix que de nous défendre si nous ne voulons pas que le chômage et la misère se généralisent !

Oui, la force des travailleurs, c’est la grève ! Mais alors pourquoi chez Bpost, à la SNCB ou encore chez Delhaize les grèves n’ont pas suffi malgré la mobilisation ? Se poser cette question est de la plus haute importance pour chaque travailleur ! L’avenir en dépend !

Ce qui est clair c’est que faire grève entreprise par entreprise ne suffit pas. Il faut devenir plus forts face au patronat, aux multinationales et à l’État.

Cette force nous l’aurons quand les luttes s’étendront d’une entreprise à l’autre, d’un secteur à l’autre pour devenir une lutte d’ensemble, par-delà les métiers, les secteurs, et toutes les divisions, et même par-delà les frontières !

L’histoire des travailleurs est riche de telles luttes, y compris en Belgique. Certains anciens se rappellent encore la grande grève de l’hiver 1960-1961, quand près d’un million de travailleurs s’unissaient pour s’opposer à « la loi unique », un ensemble de mesures d’austérité destinées à faire supporter à la classe ouvrière la crise du capitalisme belge.

C’est possible de renouer avec ce passé ! Les problèmes des travailleurs sont partout les mêmes ! L’écho de la grève des travailleurs de Bpost qui luttent pour défendre leurs conditions de travail ne se fait-il pas entendre dans la grève des travailleurs des 60 magasins Aldi qui luttent contre le travail du dimanche ?

Beaucoup disent que le monde a changé, que l’individualisme domine, que de grandes luttes communes ne sont plus possibles. C’est en partie vrai.

Les dirigeants du PS ont discrédité le socialisme, comme les staliniens ont discrédité le communisme. Les dirigeants syndicaux n’envisagent pas de luttes d’ensemble des travailleurs. Cela pèse sur les consciences, sur la confiance des travailleurs en leur force.

L’époque a changé ? Oui ! Mais pas le capitalisme, sauf qu’il s’enfonce dans la crise et nous entraîne vers une 3e guerre mondiale. Les capitalistes sont déterminés à faire payer le maintien voire la hausse de leurs profits aux travailleurs. On ne peut plus croire que l’on pourra convaincre le patronat et le gouvernement d’épargner les uns ou les autres. En réalité, pour empêcher l’extension du chômage, la réduction de notre niveau de vie, nous n’avons pas d’autre choix que de nous préparer à des luttes déterminées pour nous défendre. Et pour finir, c’est le capitalisme lui-même qu’il faudra renverser !