Pour ou contre continuer la grève ? Vendredi 6 février, après deux semaines d’actions, le vote des grévistes des TEC était serré dans tous les dépôts de Wallonie.
Face à la détermination des grévistes, la direction de l’Opérateur de Transport de Wallonie (OTW), qui chapeaute les TEC, a dû manoeuvrer. Elle a « suspendu » son plan de réforme… pour prendre le temps de le faire passer progressivement par la négociation avec les directions syndicales.
Les travailleurs des TEC en sont conscients. « A quoi bon arrêter notre grève si il faut la reprendre dans quelques semaines ou quelques mois ? » demandait une conductrice.
Le ministre wallon de la mobilité, Desquesnes (Engagés), prétend que la réforme vise à rendre le réseau « plus agile, plus fiable et plus utile au quotidien ». Ce ne sont que des mots. En réalité, la réforme veut augmenter la fréquence des bus vers les gares pour transporter les navetteurs au travail, mais sans moyens supplémentaires !
Cela se fera au détriment de lignes qui desservent des dizaines de milliers d’usagers des petits villages ou des agglomérations en périphérie des grandes villes.
La direction prétend imposer « le transport à la demande », une méthode qui justifie la suppression d’une ligne avec peu de passagers pour dédoubler une ligne surchargée.
La réforme des TEC vise également à une nouvelle augmentation des tarifs, déjà très chers pour les familles populaires.
A tel point que l’OTW veut mettre en place une facturation mensuelle des abonnements, car beaucoup seront incapables de supporter l’augmentation des abonnements sur une base annuelle !
Moins de bus pour plus cher, voilà pour les usagers ! Et pour les travailleurs, plus de flexibilité et de charge de travail.
Grévistes contre passagers ?
Les médias et les politiciens ont abondamment opposé les grévistes des TEC aux passagers « pris en otage ». Les mêmes ne voient naturellement pas de « prises d’otage » dans la suppression de lignes ou l’augmentation des tarifs.
Mais c’est un fait que l’un des problèmes des grévistes est l’opinion des passagers sur leur mouvement.
Les parents doivent se justifier devant leur employeur tous les jours pour conduire leurs enfants à l’école.
Des travailleuses à mi-temps et au salaire minuscule doivent payer de leur poche pour être conduites au travail en voiture par un voisin.
Des personnes âgées, des malades, doivent se débrouiller comme ils peuvent pour une visite chez le médecin.
Des mères de familles traînent les sacs à provision à pied sur des kilomètres…
Ce qui est surprenant, ce n’est pas le nombre de mécontents, c’est le nombre de ceux qui comprennent que les grévistes doivent se défendre.
Oui, le travail est de plus en plus dur, la vie de plus en plus chère, pour toutes les catégories populaires.
Malheureusement, la politique des organisations syndicales n’est pas d’élargir les mobilisations, mais au contraire de les enfermer dans des mouvements limités à une profession, une catégorie. Les cheminots d’un côté, les enseignants d’un autre, aujourd’hui les TEC, demain les soignants…
Pourtant, les intérêts des élèves et de leurs parents ne sont pas différents de ceux des enseignants, de même pour les malades et les soignants. Et les passagers vont eux aussi subir la réforme des TEC, comme les chauffeurs !
Pour s’adresser aux autres catégories en posant les vrais problèmes du chômage, des salaires trop bas, de la charge de travail qui augmente pour tous, les travailleurs devront prendre les mobilisations en main et s’affranchir de la tutelle des directions syndicales qui préfèrent s’asseoir et discuter avec les patrons et les ministres plutôt que de défendre réellement les intérêts des exploités !
