Fraude patronale

Dès que le gouvernement veut imposer de nouvelles coupes budgétaires sur le dos de la population, les mêmes prétextes reviennent : malades « trop longtemps » absents, allocations indues, chômeurs ou bénéficiaires du CPAS qui profiteraient du système…

Pendant la campagne de 2024, quasi tous les partis politiques, à commencer par le MR, le Vlaams Belang ou la N-VA, ont déversé des litres de cette propagande, en désignant les plus précaires (immigrés, sans-emploi, allocataires) comme ceux qui coûteraient trop chers à la collectivité.

Lorsqu’on regarde les chiffres, l’image se fissure vite.

Au premier semestre 2026, l’État belge annonçait fièrement avoir récupéré 213 millions d’euros grâce à la lutte contre la fraude sociale. Mais sur ce montant, 142 millions proviennent… de cotisations sociales que les employeurs auraient dû payer et n’ont pas versé. Autrement dit, près des deux tiers de la « fraude sociale » récupérée viennent des patrons !

La fraude fiscale, quant à elle, reste dans l’ombre et le SPF Finance ferme les yeux. Pourtant, les estimations se comptent en milliards : la CSC avance jusqu’à 30 milliards d’euros de pertes par an liées à la fraude et à l’évasion fiscale, organisées souvent par les plus grandes entreprises pour augmenter les profits des actionnaires.

Et encore : à côté de la fraude existe tout ce qui permet légalement aux grandes entreprises et aux plus fortunés de réduire leur contribution. Optimi­sa­tion fiscale, transferts de bénéfices vers les paradis fiscaux, montages entre filiales… En 2023, des entreprises belges avaient ainsi déclaré 500 milliards d’euros de paiements vers des paradis fiscaux. Et ce chiffre augmente chaque année.

Pendant qu’ils traquent un chômeur pour quelques centaines d’euros, des milliards continuent ainsi d’échapper aux caisses publiques.