Demander le droit de faire grève ?

La SNCB ayant refusé le préavis, le syndicat de conducteurs de train SACT n’a pas organisé de grève le dimanche 7 septembre.
En Belgique, le « droit de grève », bien que reconnu par les tribunaux, n’est pas inscrit tel quel dans la loi…
En fait la grève était tout simplement légalement interdite entre 1831 et 1921 ; c’est-à-dire durant la période qui sépare la création de la Belgique de la vague révolutionnaire qui a suivi la fin de la première guerre mondiale. Cette interdiction n’empêchait pas les travailleurs de s’organiser pour se défendre, et notamment par des grèves.
En 1886, les ouvriers des principaux centres industriels du pays se révoltent pour se défendre de la crise que leur fait payer le patronat.
En 1902, les mineurs de Liège prennent l’initiative de la grève, et ils sont rejoints par les ouvriers d’autres secteurs dans un mouvement de masse !
En 1913, c’est une classe ouvrière organisée et disciplinée qui se met en grève générale, à la veille de la première guerre mondiale, pour son droit au vote…
A chaque fois il a fallu s’organiser pour affronter la répression. C’était l’armée, la gendar­merie et la police qui étaient envoyés, avec ordre de tirer dans le tas.
Mais malgré sa violence, cette répression n’a jamais empêché les travailleurs de se révolter quand ils y étaient détermi­nés.
En 1921, sous pression de la révolution russe de 1917, la bourgeoisie belge change de tactique pour tenter d’éviter qu’en Belgique aussi les travailleurs ne s’emparent du pouvoir comme en Russie. Rassurée par le soutien docile des dirigeants socialistes, comme Emile Vander- velde, au régime capitaliste pendant la guerre, la bourgeoise belge finit en 1921 par autoriser les syndicats et dépénaliser la grève. Pour les travailleurs c’était une avancée importante !
Mais uniquement à condition de ne pas laisser la légalisation devenir une bride utilisée par les bourgeois – et les dirigeants syndicaux – pour domestiquer le mou­vement ouvrier et limiter les luttes selon leur bon plaisir !
Pourtant c’est bien cela que n’a cessé de faire l’État depuis ! Avec le temps, le « droit de grève » s’est transformé en un corset de plus en plus serré !
En 2016, par exemple, patronat et syndicats négocient un remaniement de la loi sous l’initiative du patronat qui ne veut plus des piquets de grève.
En 2017, le « service minimum » est imposé sur le rail ; ensuite ce fut le tour des contrôleurs aériens.
En 2019, 17 syndicalistes sont condamnés pour « entraves méchantes à la circulation », en 2022 les piquets devant les entrepôts de Delhaize sont interdits par un juge, etc…
En se précisant toujours plus, la loi en revient à ses fondamentaux : pour les bourgeois, la grève est une horreur à bannir autant que possible.
Sous la prétendue légalité du droit de grève se cache en fait un rapport de force entre classes sociales aux intérêts irréconciliables.
Pendant les grandes grèves de 1960-1961, malgré le « droit de grève » la gendarmerie tua trois ouvriers. Ce n’est pas ça qui arrêta les centaines de milliers de grévistes… Ce fut la trahison des dirigeants politiques et syndicaux réformistes qui firent tout leur possible pour diviser les travailleurs wallons des travailleurs flamands !