Bruxelles : gérer l’austérité ou pas ?

Avec ses 89 députés, dont 17 réservés aux électeurs néerlandophones, ses 6 groupes politiques francophones et 8 néerlandophones, la mise sur pied d’un gouvernement de la Région Bruxelles-Capitale est une entreprise des plus délicates. D’autant plus que certains groupes refusent de gouverner avec d’autres.

Depuis les élections de juin 2024, le précédent gouvernement poursuit en affaires courantes, en reconduisant les anciens budgets. Mais cela pose de plus en plus de problèmes, notamment aux ASBL, qui ont de plus en plus de mal à recevoir des subventions et sont contraintes de licencier, mais aussi pour la poursuite et l’engagement de nouveaux travaux, alors que de très nombreux chantiers sont en cours ou en attente. Et tout cela dans le cadre d’une quasi faillite de la ville !

Tous les politiciens des grands partis polémiquent depuis près d’un an sur la répartition des places de ministres. L’une des options récente du PS serait celle d’une coalition dite « de gauche » qui regrouperait notamment PS/Vooruit, Ecolo/Groen et le PTB.

Un tel gouvernement bruxellois se retrouverait brutalement, comme n’importe quel autre, face à la politique d’austérité exigée par la bourgeoisie et le gouvernement fédéral « de droite », avec des coupes dans les budgets essentiels aux besoins de la population sur fond de licenciements dans les entreprises.

Si le PTB montait dans un gouvernement bruxellois, cela serait un pas de plus pour s’afficher en tant que parti prêt à gouverner, comme l’a déclaré Raoul Hedebouw en novembre 2024 : « Aujourd’hui, nous prouvons que ce vote [PTB] est utile et que nous avons vocation à entrer dans des majorités. »

Le PTB se retrouverait de plus en plus pieds et poings liés par la politique de la bourgeoisie défendue par le PS et ses alliés. En plus de cogérer l’austérité dans trois communes (Mons, Forest, Molenbeek), il se retrouverait à devoir assumer le gouffre budgétaire de la région de Bruxelles.

La direction du PTB ne semble pas vouloir de cette coalition, consciente qu’elle y perdrait la confiance de nombreux électeurs en appliquant l’austérité à Bruxelles.

C’est là une contradiction qui traverse le PTB : quasi toutes les interventions de ses porte-paroles ces derniers mois n’évoquent quasiment pas la classe capitaliste, et visent surtout la responsabilité des politiciens. Alors que les politiciens ne sont rien de plus que les serviteurs biens rémunérés de la bourgeoisie.

En dénonçant essentiellement les ministres, et pas la bourgeoisie et son système, le PTB fait vivre l’illusion qu’il pourrait faire mieux s’il était lui-même au gouvernement. C’est bien sûr faux et les dirigeants du PTB en sont conscients, c’est pour cela qu’ils sont réticents à accéder aux postes de pouvoir.

Mais en trompant les électeurs et en mentant aux travailleurs qui le soutiennent, le PTB subit de plus en plus la pression des électeurs réformistes, et il s’éloigne toujours plus de la perspective révolutionnaire.

Et il prépare surtout la démoralisation des travailleurs, engendrée par la désillusion face à la faillite de ses perspectives réformistes.