Thierry Bodson, le dirigeant de la FGTB, a annoncé qu’il quitterait son poste fin 2025, six mois plus tôt que prévu pour « raisons personnelles ». Depuis sa prise de fonction en 2020, le syndicaliste s’est fait le grand défenseur d’un « front des progressistes » entre partis (PS-PTB-Ecolo), syndicats et mutualités. Selon lui, un tel front, et un gouvernement avec ces trois partis permettrait « certainement […] des avancées pour le monde du travail. »
Mais c’est faux ! Les gouvernements de gauche comme de droite qui ont, par le passé, mis en place des réformes sociales, ne l’ont pas fait parce que les électeurs avaient « bien voté ».
Chaque progrès pour les travailleurs a été le résultat de concessions des patrons et des gouvernements, soit pour freiner les travailleurs en lutte comme en 1936 avec les congés payés et les 40h, soit pour remettre sur pieds les travailleurs après la guerre et aussi désamorcer des risques de luttes avant même qu’elles ne se produisent, comme en 1945 avec la Sécurité Sociale. Dans les deux cas, il s’agissait d’un gouvernement de coalition rassemblant des partis de gauche et de droite, et tous étaient d’accord que ces mesures étaient nécessaires pour tenter de prévenir ou de mettre fin aux luttes sociales.
Les patrons ne lâchent des réformes sociales que quand ils y sont obligés par le rapport de force. En 1961 par exemple, alors que la Belgique venait de connaître la plus grande grève de son histoire, le Parti Socialiste au gouvernement n’a accordé aucune miette à la classe ouvrière, car les directions syndicales, avec André Renard à leur tête, ont réussi à entraîner la lutte dans une impasse régionaliste. Alors le Parti Socialiste a pu imposer à la population des mesures d’austérité brutales et une aggravation des mesures de répression.
Contrairement à ce que prétend Bodson, et à ce que prétendront les dirigeants syndicaux qui vont lui succéder, les élections ne changent pas la vie des travailleurs. Les gouvernements ne sont là que pour défendre les intérêts des patrons et des actionnaires, pas ceux des travailleurs.
Même quand se met en place un large front de gauche, il ne fait qu’appliquer la même politique du patronat une fois au gouvernement, comme Syriza en Grèce ou Podemos en Espagne.
Comme le dénonçait déjà Karl Marx après la Commune de Paris de 1871 : « On autorise les opprimés à décider périodiquement, pour un certain nombre d’années, quel sera, parmi les représentants de la classe des oppresseurs, celui qui les représentera et les foulera aux pieds au Parlement ». Marx en concluait que les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs luttes pour se défendre, et quand ils sont assez forts, pour prendre le pouvoir… par la révolution !
