Il y a dix ans, le 31 août 2015, Angela Merkel, la chancelière allemande d’alors, prononçait sa fameuse phrase « wir schaffen das » (nous y arriverons). En réponse au manque de main-d’œuvre en Allemagne, son gouvernement a fait venir – sous couvert de politique humanitaire – des réfugiés qui fuyaient la guerre en Syrie. En deux ans, 1,2 millions sont alors arrivés en Allemagne. C’était une politique à contre-courant de celle des autres pays européens.
En 2015, les réfugiés étaient accueillis par de simples citoyens dans les gares, se mobilisant les uns pour aider dans les démarches administratives, les autres pour aider les enfants à trouver leur place à l’école. Beaucoup offraient même une chambre.
Dans ce pays où les souvenirs des errances accomplies par des millions de gens sous les bombes à la fin de la deuxième guerre mondiale sont restés vivants dans beaucoup de familles. Il semblait normal d’aider les personnes venues d’une région en guerre.
Depuis, l’Allemagne, comme toute l’Europe, s’est transformée en forteresse, et l’extrême droite (AfD, Alternative pour l’Allemagne) est passée de 4,7% des voix en 2013 à 20,8% en 2025, devenant le deuxième parti après la CDU de Friedrich Merz. Le discours anti-migrant de ce chancelier n’a pas grand chose à envier à l’AfD, et il a fait rétablir les contrôles aux frontières intra-européennes contre « l’immigration illégale ».
Mais ce n’est pas l’accueil des migrants qui est à l’origine de cette évolution néfaste, ce sont les politiques d’austérité et de division menées par tous les gouvernements successifs au service de quelques grandes fortunes pour qui le profit passe toujours devant tout le reste, y compris le sentiment d’humanité.
Et la montée de l’extrême droite, n’est pas seulement une question d’électeurs qui se trompent. En 2017, beaucoup d’électeurs avaient voté Merkel justement pour sa politique d’accueil, et contre son rival, le social-chrétien bavarois Seehofer qui avait mené une campagne très anti-migrants.
Cette campagne a contribué à banaliser l’AfD qui pouvait alors amorcer sa percée électorale dans les länder de l’Ouest. Au lendemain des élections, ces électeurs de Merkel se sont retrouvés avec un gouvernement Merkel-Seehofer et un nouveau nom pour le ministère des affaires intérieures qui devenait le « ministère de la patrie » …
Déjà Angela Merkel ne menait pas sa politique d’accueil par pure bonté, mais parce que le patronat allemand espérait pouvoir profiter d’une réserve de main-d’œuvre qualifiée et bon marché. Mais la poignée de capitalistes qui s’enrichit sur notre dos et leurs larbins ne reculent devant aucun cynisme. Et ils se servent allègrement des migrants, victimes de leurs guerres au Moyen-Orient, comme boucs émissaires, pour diviser les travailleurs et faire oublier que ce sont les patrons qui licencient et les riches qui pillent les caisses publiques. Et plus violents deviennent les sacrifices qu’ils imposent à la population, plus violents deviennent les discours et politiques anti-migrants, thématique qui domine tout le débat politique depuis dix ans.
Dès la Saint Sylvestre 2015, à peine six mois après l’ouverture des portes aux réfugiés, le ton des médias changeait. Lors des festivités, plusieurs centaines de femmes avaient été victimes d’agressions sexuelles… qui, à en croire les médias, émanaient exclusivement de migrants.
Comme si à chaque Technoparade, à chaque Oktoberfest, il n’y avait pas aussi des centaines d’agressions sexuelles et de viols… commis par de bons Allemands, en culotte de cuir.
Depuis lors, tous les incidents pouvant impliquer des réfugiés, à tort ou à raison, ont été exploités par une caste politique en manque de justifications.
Mais si les violences augmentent, c’est aussi parce que toute la société devient plus violente ! Quand la guerre sévit partout, quand l’argent ne va pas dans les crèches, mais dans l’armement, quand les personnes qui cherchent refuge, sont poussées dans des situations sans espoir, quand des lits dans les hôpitaux psychiatriques sont supprimés…
Et si les attentats commis par des étrangers sont fortement médiatisés, les violences de l’extrême droite le sont beaucoup moins.
Elles sont pourtant en forte hausse. Rien qu’en Rhénanie-Westphalie, huit personnes ont été assassinées en 2024.
En Saxe, où l’extrême droite aurait 39% des voix selon les derniers sondages, ces faits ne sont pas comptés.
Les communes sont laissées sans moyens pour organiser l’accueil dans de bonnes conditions, provoquant des conflits et décourageant les volontaires. C’est une pénurie tout à fait artificielle, car il en va tout autrement quand il s’agit de subventionner les entreprises et leurs actionnaires qui ont reçu des milliards pour faire face au covid, aux augmentations des prix de l’énergie, pour financer le tournant vers la voiture électrique… et aujourd’hui pour réaliser le tournant vers l’économie de guerre.
Depuis 2015, en Allemagne, le nombre de milliardaires est passé de 159 à 249. Et les 500 Allemands les plus riches se partagent désormais 1.100 milliards d’euros, 37% de plus qu’en 2015, et près du double du PIB de la Belgique ! Pendant ce temps, un Allemand sur cinq est devenu pauvre. Merz qui martèle tous les jours qu’il faut durcir la politique anti-migrants, promet des baisses d’impôts pour les plus riches… Les dépenses militaires ont doublé depuis 2015 et doivent quintupler d’ici 2029, tandis que le service militaire est graduellement réintroduit.
Alors, en Allemagne comme ailleurs, le vrai problème pour les travailleurs, c’est de retrouver le chemin de la lutte pour empêcher la poignée de capitalistes et leurs larbins dans les gouvernements d’enfoncer l’humanité toujours plus dans la barbarie et les jeunes dans leurs guerres de rapine ! Et cela, nous ne pouvons pas le faire sans nos sœurs et frères de classe venus de toutes les zones de guerre et de misère dont le système capitaliste a couvert la planète !
