À bas la privatisation du rail !

À l’occasion des 100 ans de la SNCB, le gouvernement a précisé le plan de libéralisation du rail d’ici à 2032.

Après la fin du statut pour les nouveaux embauchés, le recul de l’âge de la pension, les coupes budgétaires, etc., cette « libéralisation » cache en fait de nouvelles attaques pour augmenter l’exploitation des cheminots !

100 ans de cadeaux aux capitalistes

Le rail, comme les autres services publics, a toujours servi les intérêts des capitalistes, qu’il soit ou non aux mains de l’État.

Au cours des années 1800, alors que le rail est principalement privé, l’État couvre de cadeaux les capitalistes du rail : investissements publics massifs dans les infrastructures, commandes de matériel, subventions gigantesques… La famille Boël ou le groupe Cokerill ont ainsi développé leurs fortunes en profitant des largesses de l’Etat. Leurs descendants sont milliardaires.

Mais lorsque les entreprises privées du rail faisaient faillite ou ne rapportaient plus assez au goût des capitalistes, l’État les rachetait. Une nouvelle occasion de couvrir d’argent public les actionnaires des entreprises qui les vendaient.

Après la première guerre mondiale, alors que la majorité du chemin de fer appartient à l’État, le gouvernement crée en 1926 une société publique pour la gestion et l’exploitation ferroviaire : la SNCB. Il s’agit déjà à cette époque de préparer la transformation du rail en une société privée destinée à être reprise par les capitalistes.

Au moment de la création de la SNCB, le dirigeant du Parti Communiste, Joseph Jacquemotte, dénonce : « Vous livrez le chemin de fer aux capitalistes ! ». Même si la majorité du capital de la SNCB est restée aux mains de l’Etat jusqu’à aujourd’hui, sa création était dès le départ envisagée comme une manière de rendre le rail belge rentable, et d’ouvrir la possibilité de permettre à des actionnaires privés de profiter des bénéfices s’il y en avait. Et de toute façon les commandes de matériels étaient passées aux entreprises privées, avec de gros bénéfices à la clé.

On le voit : le « service public » est avant tout un service aux capitalistes !

Public ou privé, deux faces de l’exploitation

La vague de privatisations qu’ont connu les chemins de fer à l’échelle mondiale depuis les années 1980 a été une offensive généralisée contre les travailleurs du chemin de fer. La privatisation ne sert en rien à rendre le service plus efficace, c’est en général plutôt le contraire qui se produit.

Dans certains cas, elle permet à des capitalistes de s’enrichir en rachetant les lignes les plus rentables. Mais même quand ce n’est pas le cas, toutes les « ouvertures à la concurrence » ou les privatisations, que ce soit en Angleterre, en France, en Belgique ou même au Japon, signifient une aggravation rapide des conditions de travail !

En Belgique, l’exemple de Lineas est parlant. Cette entreprise privée qui gère aujourd’hui le fret ferroviaire faisait partie, jusqu’en 2015, de la SNCB sous le nom de B-Cargo. Mais la direction de la SNCB et le gouvernement belge décident d’ouvrir le fret à la concurrence en 2009.

C’est en fait un prétexte pour présenter un plan de « restructuration » qui mettra fin au statut de cheminot et mènera à la suppression de 900 postes sur les 2.100 que comptait l’entreprise ! Mais l’entreprise ne sera jamais rentable. Elle a pour fonction de permettre aux capitalistes de transporter leurs marchandises à peu de frais, et maintient donc des prix bas. Les différentes étapes de la privatisation ont été à chaque fois des nouveaux prétextes pour exploiter plus les travailleurs. Et depuis avril 2026, l’entreprise Lineas est de retour dans les mains du public, après avoir reçu des cadeaux de l’Etat à hauteur de centaines de millions d’euros.

Autre exemple : en France, de nombreuses lignes ouvertes à la concurrence sont en fait reprises par une filiale de la SNCF. La ligne reste alors dans les mains du public, mais les conditions de travail des cheminots, qui restent pourtant aux mêmes postes, s’aggravent brutalement. Un des objectifs de ces ouvertures à la concurrence, c’est de diviser les travailleurs pour les attaquer séparément. C’est une des raisons pour lesquelles il ne faut pas accepter que les dirigeants syndicaux maintiennent les luttes dans une seule entreprise, plutôt que de chercher à les étendre !

Préparer la riposte !

Alors quand le gouvernement annonce le plan de libéralisation du rail d’ici 2032, sous prétexte de respecter les règles européennes, il ne faut pas être dupes. Les règles européennes ont été décidées par les gouvernements des pays européens pour servir les capitalistes.

Si elles sont là, et si les gouvernements les respectent, c’est bien parce qu’elles vont augmenter l’exploitation des cheminots. Les faire travailler plus pour moins de salaire, dégage des revenus que les États espèrent utiliser pour couvrir les capitalistes de cadeaux, que ce soit à travers des subventions, des baisses d’impôt, les taux d’intérêt bancaire, ou les dépenses d’armement.

Si on les laisse faire, les conditions de travail des cheminots, qui se sont déjà fortement aggravées cette année, vont continuer à empirer rapidement ! Il est nécessaire aujourd’hui de se préparer à se défendre ! Pour cela, il faut tirer le bilan de cette année de grève. Plusieurs journées de grèves ont été organisées, mais celles-ci étaient dispersées, mal préparées, et sans vraie possibilité de se rassembler pour se compter et décider de la suite.

Face à l’ampleur des attaques, il faut une riposte à la hauteur. Et cela ne peut se faire qu’en s’organisant pour que les prochains mouvements soient l’occasion de se renforcer ! Cela veut dire se rassembler le plus nombreux possibles, décider collectivement de nos revendications, devenir les militants de notre mouvement en s’adressant à nos collègues, et chercher à étendre les luttes au-delà de nos secteurs, à nous rassembler le plus largement possible.

C’est la seule manière de construire le rapport de force capable de faire reculer le gouvernement et le patronat !