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Elections en Grèce : les démagogues à l’œuvre

Il y a un an, le leader de Syriza, Alexis Tsipras, appelait les électeurs grecs à voter pour son parti en promettant de s’opposer aux mesures d’austérité imposées par les dirigeants des grands pays capitalistes.

Il y a 2 mois, il leur demandait de se prononcer par référendum contre un nouveau plan d’austérité. Malgré un rejet de ce plan par 61% des votants, Tsipras a accepté de le mettre en œuvre.

Aujourd’hui il annonce des élections anticipées et fait campagne en appelant à « accepter de nouveaux sacrifices pour éviter un désastre ». Sauf que ce sont les sacrifices successifs qui préparent un désastre plus grand pour les travailleurs et la population grecque pauvre.

En Grèce comme ailleurs, les travailleurs ne peuvent pas compter sur ce type de politicien démagogue, mais seulement sur leurs luttes pour défendre leurs intérêts.




La loi impitoyable du grand capital

Alors que Tsipras avait capitulé en s’engageant à imposer un nouveau plan d’austérité -celui que les classes populaires avaient refusé en votant non au référendum- les chefs d’État européens ont poursuivi leur infâme chantage. Il ne leur a pas suffi que Tsi-pras se renie, ils ont voulu sa reddition.

Tsipras devra non seulement porter l’âge de la re-traite à 67 ans, augmenter la TVA et faire de nou-velles privatisations, mais il doit le faire sous la dic-tée des Européens, et l’argent récolté sera consigné en gage du nouveau prêt. Ce n’est rien d’autre qu’une mise sous tutelle de la Grèce.

C’est une politique criminelle dirigée contre le peuple grec et contre tous les exploités d’Europe.

Mettre cette politique sur le compte de l’intransigeance de Merkel est une tromperie. Mer-kel sert d’alibi à tous les gouvernements européens pour imposer l’austérité à leurs propres peuples. Mais ils sont tous complices pour écraser le peuple grec. Demain, à qui le tour ?

« Les Belges ou les Allemands n’ont pas à payer pour les Grecs », nous rabâche-t-on. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Il n’y a pas plus de points com-muns entre les riches et les pauvres belges qu’entre les riches armateurs et les travailleurs grecs. En Grèce comme ici, ce sont toujours les riches qui réus-sissent à échapper à l’impôt, et c’est au monde du travail que l’on présente la facture. S’il y en a qui ont payé comme personne le parasitisme de la finance, ce sont bien les classes populaires grecques !

Quant à comparer les « efforts » des uns ou des autres et se servir de la misère des travailleurs por-tugais ou estoniens pour faire la leçon aux Grecs, cela relève d’un cynisme sans borne. Contre tous ces politiciens qui sont plus anti-ouvriers les uns que les autres, il faut affirmer une solidarité de classe entre tous les opprimés.

Les 80 milliards prévus pour la Grèce sont déjà provisionnés dans un fonds européen qui prêtera cet argent à la Grèce avec intérêt. Et cela fera encore le bonheur des banquiers et le malheur des Grecs. Car ce « plan d’aide », pas plus que les précédents, ne sauvera la Grèce. Il l’enfoncera exactement comme l’usurier enfonce celui qui est surendetté, en lui ac-cordant un nouvel emprunt le forçant à vendre mai-son et voiture.

Tous les experts le disent, l’acharnement contre la Grèce est absurde. Mais le bras de fer n’est plus fi-nancier, il est politique.

Les dirigeants européens veulent montrer qu’ils seront sans pitié avec les opprimés. Que ceux qui renâclent à payer leur dîme à la finance seront dou-blement punis. Que la loi du capital s’impose au-dessus de la démocratie, au-dessus de la vie de mil-lions de femmes et d’hommes. Pour cela, les Grecs serviront d’exemple.

Les grandes puissances porteront la responsabilité d’avoir transformé la Grèce en pays du Tiers Monde. Quant à Tsipras, il portera la responsabilité d’avoir trahi ses promesses.

En demandant à la population de s’exprimer sur les sacrifices qui lui étaient demandés, Tsipras a sou-levé bien des illusions. Mais à quoi cela lui a-t-il servi ? À renforcer sa légitimité pour obtenir le soutien du parlement et piétiner le vote de ses électeurs !

L’échec de Tsipras illustre l’impasse des politiques réformistes relayées en Espagne par Podemos ou en France par Mélenchon et le PCF.

Tsipras n’a jamais prétendu contester l’ordre capi-taliste et représenter les intérêts politiques des ex-ploités contre leurs exploiteurs. Il se battait pour la dignité de la Grèce, pour qu’elle ne soit pas considé-rée comme une semi-colonie et pour le droit de dé-cider plus librement de sa politique intérieure.

Eh bien, même cela, les grandes puissances ne le lui ont pas accordé et elles l’ont poussé à la trahison de ses propres engagements !

Avec la crise économique, la lutte des classes est devenue une guerre féroce où la bourgeoisie exige une soumission complète à la loi du capital. Chercher à négocier avec elle ou la supplier est vain. Les partis qui ne sont pas décidés à combattre la bourgeoisie et les racines de son pouvoir -la propriété privée des moyens de production, l’économie de marché et la concurrence- peuvent faire les promesses qu’ils veu-lent, ils gouverneront inévitablement dans l’intérêt du grand capital.

L’utopie n’est pas du côté révolutionnaire, elle est de croire que l’on peut concilier les intérêts des ex-ploités avec ceux de la bourgeoisie.




Une bataille électorale gagnée contre les étrangleurs du peuple grec, mais la guerre continue

En votant non, l’électorat populaire grec a rejeté le énième plan d’austérité que les institutions internationales de la bourgeoisie veulent lui imposer. Malgré le concert de menaces des chefs d’État d’Europe, relayés par les médias à genoux devant le grand capital, malgré les nantis grecs, les classes populaires ont exprimé leur refus de continuer à subir les baisses de salaires, les licenciements, les coupes dans les retraites, le plongeon dans la pauvreté. Elles ne veulent plus payer pour une dette qu’elles n’ont pas faite et dont elles n’ont en rien profité.

En votant comme il l’a fait, l’électorat populaire s’est exprimé courageusement mais n’a pas changé le rapport de force avec le grand capital qui, au nom des intérêts à payer, démolit les conditions d’existence de la majorité de la population. C’est là la limite de l’expression électorale dans une société dominée par l’argent, par la grande bourgeoisie.

Le gouvernement Tsipras ne demandait pas autre chose que de reprendre les négociations avec les institutions internationales pour trouver un compromis avec les étrangleurs des classes populaires. Et pour montrer sa bonne volonté, il a offert à ses interlocuteurs la tête de Varoufakis, le ministre des Finances, qui a eu un langage un peu trop dru pour ces messieurs de la haute finance et leurs serviteurs politiques.

Si, dans son affrontement avec les institutions, Tsipras défend la dignité nationale de la Grèce foulée aux pieds par les grandes puissances impérialistes d’Europe, il ne représente pas pour autant les intérêts de classe des exploités. Il ne l’a d’ailleurs jamais prétendu. Si les négociations reprennent, les classes populaires ont intérêt à les surveiller pour pouvoir s’opposer à ce que les retraites, le salaire minimum, leur survie soient sacrifiés.

Ce qui se passe en Grèce concerne les exploités d’ici. Le peuple étranglé par la finance, c’est aujourd’hui le peuple grec. Demain, à qui le tour ?

Depuis des années, la classe capitaliste investit de moins en moins dans les usines, les machines, dans des productions créatrices d’emplois. Oh, elle n’a jamais investi par souci de l’intérêt collectif, mais pour faire du profit en exploitant les travailleurs. Mais avec la crise, investir dans la production sans avoir la certitude de vendre, c’est un risque que les groupes capitalistes les plus puissants refusent de plus en plus de courir. Ils ont trouvé mieux : prêter de l’argent aux particuliers, aux collectivités locales, aux institutions, aux États, moyennant intérêts. En somme, l’usure à la place de la production.

Depuis des décennies, la finance pénètre toute la société, la ligote, l’étouffe. Le crédit se substitue aux salaires insuffisants dans les ménages. Les Etats, les communes, les services publics et jusqu’aux hôpitaux sont étranglées par leurs dettes.

Voilà pourquoi les dirigeants politiques, les médias aux ordres répètent comme des perroquets que payer les intérêts de la dette est une obligation absolue. Voilà pourquoi ils ne peuvent pas accepter qu’un pays, fût-il petit, conteste la légitimité de sa dette. Dans la guerre que le grand capital financier mène pour imposer son parasitisme, les classes exploitées de Grèce sont des « fusillés pour l’exemple ». C’est un avertissement pour tous.

Alors, bien sûr, la solidarité des exploités doit aller aux classes populaires grecques.

Parmi ceux qui applaudissent au succès du non, il n’y a pas que des amis des classes exploitées. Il y a tous ceux, et pas seulement à l’extrême droite, qui brandissent des leurres pour détourner la méfiance des classes populaires de leurs véritables ennemis. Les responsables des malheurs du peuple grec ne sont ni la zone euro, ni l’intransigeance de l’Allemagne, ni l’Europe, mais le grand capital et ceux qui le possèdent.

Qu’est-ce que cela changerait pour les exploités grecs soumis au racket de la finance d’avoir à payer en drachmes plutôt qu’en euros ?

La société crève de la dictature de la grande bourgeoisie, de la course au profit d’une minorité.

Par-delà tous les affrontements partiels, aujourd’hui en Grèce, demain ici, peut-être, l’avenir dépend de la capacité de la classe des exploités à s’attaquer aux racines du mal, à se donner pour objectif l’expropriation de la grande bourgeoisie, la mise de l’économie sous le contrôle de la population. Et à se donner les moyens d’y parvenir.