Buizingen : une politique aux conséquences mortelles

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Les secours n’avaient pas encore retiré toutes les victimes de l’accident de Buizingen que de doctes spécialistes nous expliquaient déjà que « le risque zéro n’existe pas » et que « la technique ne peut nous préserver de l’incertitude ». Mais s’il est une catastrophe annoncée, c’est bien celle-ci.

Les cheminots savent tous à quel point les risques ont augmenté ces dernières années, en même temps que leurs conditions de travail se sont dégradées.

Devant les tentatives des dirigeants de la SNCB et d’Infrabel de se dédouaner de leurs responsabilités sur « l’erreur humaine » du conducteur survivant, leur colère a éclaté et à juste titre. Ce n’est pas une « erreur » qui est en cause, mais une politique délibérée menée par le gouvernement et les dirigeants à la tête de la SNCB.

Alors qu’il y avait encore 42 000 cheminots en 2003, il n’y en a plus que 38 000 aujourd’hui, et encore. 4 000 personnes en moins, alors que le nombre de passagers a augmenté de 20-25% dans le même laps de temps. Ce qui fait que le trafic ferroviaire ne peut fonctionner qu’avec des cheminots qui accumulent des congés en retard. Et au lieu d’embaucher, le gouvernement vient de décider de relever le temps de conduite officielle de 8 à 9 heures… alors que tout le monde sait que l’attention diminue fortement après 4 à 5 heures de travail.

Dans les années 90, plus que du confort et de la sécurité des passagers, les décideurs – toutes tendances politiques confondues – se sont préoccupés de réduire la dette publique en réduisant fortement les budgets des services publics, dont celui de la SNCB. Ce n’est pourtant pas le fonctionnement des chemins de fer qui a conduit à cette dette, mais les subventions aux entreprises suite à la crise de 1975. Ce sont ces dizaines d’années de sous-investissement de la SNCB qui expliquent que les trains, qui sont le lot quotidien des navetteurs, ont souvent l’allure de pièces de musée… des trains de moins en moins sûrs.

Et ce n’est pas fini. Vu les nouveaux déficits creusés pour « soutenir l’économie » – pour soutenir les banques – le gouvernement a de nouveau diminué le budget d’investissement de la SNCB de 346 millions cette année. Les riches actionnaires des banques passent avant la sécurité et le confort des travailleurs, usagers du train !

Des profits des actionnaires, il était aussi question lors de la privatisation en 2006 d’ABX, ex-filiale de la SNCB. Au début des années 2000, ABX, spécialisée dans le transport de colis par route, a racheté ses concurrents européens à tour de bras avec l’argent public. On nous expliquait que c’était nécessaire pour « préparer la SNCB à la concurrence ». Il en est résulté un trou de 7 milliards d’euros, laissé à la charge de la SNCB et de l’Etat, lors de la privatisation d’ABX. Une fois de plus, les investissements par l’État et les profits pour le privé !

Les décideurs osent nous expliquer qu’ils n’auraient pas les 300 000 euros que coûte l’équipement d’un train avec les dispositifs de sécurité modernes ! C’est du cynisme! Avec 500 millions d’euros, une petite fraction des 7 milliards gaspillés dans ABX, les 1 440 locomotives et automotrices de la SNCB auraient pu être toutes équipées depuis longtemps!

La même politique est en cours pour la filiale B-Cargo, avec 1 500 à 3 000 licenciements à la clé. Ce que les dirigeants de la SNCB et le gouvernement appellent « préparer la SNCB à la concurrence », consiste à découper des morceaux rentables de la SNCB et à les brader aux actionnaires.

Ce serait là une politique européenne imposée? Mais notre gouvernement n’a pas voté contre lors des décisions sur la libéralisation du rail au niveau européen. Et tous les gouvernements européens appliquent cette politique, avec les mêmes effets. La Deutsche Bahn par exemple a supprimé 137 000 emplois et a été découpée en 500 filiales dont certaines sont aujourd’hui cotées en Bourse. Il ne reste pas grand-chose de sa ponctualité légendaire et là aussi les accidents se multiplient.

Cette politique du tout pour le profit des actionnaires a depuis longtemps brûlé tous les feux rouges. Le capitalisme mène toute la société droit à la collision.

Les cheminots ont raison d’être en colère, et ils ne sont pas les seuls. Ensemble nous pouvons imposer qu’au lieu de distribuer l’argent public aux entreprises privées qui licencient quand même, l’Etat embauche directement dans les services publics, à la SNCB et ailleurs. Ce serait une véritable politique pour l’emploi qui permettrait que notre travail ne génère pas que des richesses pour quelques actionnaires, mais du bien-être pour tous.