L’Europe des travailleurs

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Entre 60.000 et 100.000 personnes ont manifesté mercredi dernier à Bruxelles. Outre les manifestants belges, des milliers de manifestants étaient venus d’autres pays européens pour protester contre les politiques d’austérité imposées dans tous les pays. Dans plusieurs autres villes – de Dublin à Athènes, de Belgrade à Varsovie, de Madrid à Vilnius – d’autres manifestations ont eu lieu et dans plusieurs pays, notamment en Espagne, une journée de grève était organisée et très bien suivie.

En effet, dans tous les pays, les travailleurs subissent les attaques contre leurs emplois, leurs salaires, leurs retraites…

D’après les chiffres officiels, l’Europe compte aujourd’hui 23 millions de chômeurs, près de 5 millions de personnes ont perdu leur emploi depuis 2008. C’est comme si toute la Belgique s’était arrêté de travailler. Et les chiffres réels sont certainement beaucoup plus élevés encore.

C’est en licenciant les travailleurs ou en leur imposant le chômage partiel payé par les États et des baisses de salaire que les actionnaires des grandes entreprises ont pu maintenir leurs profits.

Et c’est encore aux travailleurs que les gouvernements de tous les pays présentent la facture pour rembourser la dette creusée pour sauver les banquiers et les actionnaires des grandes entreprises de la faillite il y a deux ans.

C’est partout le même scénario : attaques contre les retraites, les salaires, la sécurité sociale, les services publics, augmentation de la TVA, suppression de postes d’enseignants, de fonctionnaires, au point qu’on a vu des policiers roumains manifester à Bruxelles contre la baisse de leurs salaires de 25% que le gouvernement roumain impose aux fonctionnaires, des profs jusqu’aux policiers.

Et si les mesures prises dans les pays les plus pauvres de l’Europe sont les plus drastiques, les populations des pays riches n’y échappent pas du tout. Outre les attaques contre les retraites, le gouvernement français vient d’annoncer la suppression de près de 100.000 postes de fonctionnaires sur trois ans, dont 16.000 dans l’éducation nationale rien que pour l’année 2011.

Le président de l’Union européenne, Herman Van Rompuy, et le premier ministre belge, Yves Leterme, ont osé expliquer aux dirigeants syndicaux après la manifestation que tout cela n’était aucunement antisocial, mais qu’il s’agissait d’un mal nécessaire pour le retour à une économie saine, au profit de tous. C’est bien sûr un mensonge éhonté ! Que les dirigeants syndicaux écoutent poliment ces balivernes et qualifient la rencontre de constructive, ne change pas ce mensonge en vérité, mais montre seulement de quel côté ils penchent.

Tout nouveau sacrifice imposé aux travailleurs augmente les profits, creuse les inégalités et aggrave la crise. Et les riches continueront à placer l’argent là où il rapporte le plus à très court terme : dans la spéculation. Et cela d’autant plus que la consommation de larges parts de la population sera de plus en plus réduite. Les sacrifices ne nous sortiront pas de la crise, ils nous y enfonceront !

Mais si les dirigeants des gouvernements européens n’ont rien à craindre des dirigeants syndicaux, il n’en est pas de même des travailleurs qui subissent la politique des capitalistes dans leur chair : les retraités grecs, les ouvriers du bâtiment espagnols, les ouvrières précaires des supermarchés de toutes les villes européennes, les ouvriers agricoles sans papiers en Italie, les profs surmenés des écoles de banlieue françaises, les postiers et cheminots privatisés, les conducteurs de bus flamands, les ouvriers des chaines de montage en Roumanie ou dans le Limbourg, les intérimaires que les patrons utilisent comme « variable d’ajustement » dans toutes les branches de l’industrie… Nous sommes des dizaines de millions à avoir toutes les raisons de nous mettre en colère.

Et pour nous tous, de Vilnius à Madrid, de Dublin à Athènes, d’Amsterdam à Bucarest, il n’y a qu’une seule solution. C’est la lutte pour faire payer les responsables de la crise.

Que cette force de la classe ouvrière européenne se réveille et que les travailleurs prennent conscience de leur force est la seule chose positive qui puisse sortir de toute cette crise. Car c’est cette force des travailleurs qui est capable de faire payer les riches capitalistes qui profitent seuls des richesses que nous créons. Et elle peut aussi imposer d’autres règles à cette société que la recherche du profit et de la concurrence, celles de la solidarité et d’une économie au profit de tous.