Le Luxembourg, un paradis fiscal où il fait bon planquer ses milliards

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Tandis que le feuilleton Nethys occupe la une de tous les journaux et que les journalistes coursent Stéphane Moreau à sa sortie de prison, l’enquête menée par un consortium de journalistes sur la fraude fiscale « OpenLux » au Luxembourg n’a pas bénéficié de la même publicité.

Cette enquête lève pourtant un peu le voile sur les paradis fiscaux et les multiples mécanismes dont dispose la bourgeoisie pour planquer ses profits. Le Luxembourg est une destination privilégiée pour les capitalistes. C’est le deuxième pays au monde en termes de placement de capitaux étrangers. Ce succès, le Luxembourg le doit au fait d’avoir un système financier parmi les plus opaques au monde. Il y est facile de dissocier les entreprises de leur propriétaire réel et donc d’y placer son argent en toute discrétion.

C’est ainsi que de très nombreuses entreprises sans réelle activité économique, et ne disposant que d’une boîte aux lettres, s’y enregistrent. Elles sont administrées par des prête-noms. Certains d’entre eux gèrent plus de 1 200 sociétés. Environ la moitié des 140 000 entreprises immatriculées au Grand-Duché de Luxembourg -on y dénombre une société pour 4 habitants !- sont la propriété de non-résidents dont 10 000 Belges.

Leur seule raison d’être est de permettre l’évasion fiscale. Et ce sont à travers elles au moins 6 500 milliards de patrimoine qui sont dissimulés. L’examen des données par un consortium de 16 journalistes a permis de montrer que de nombreux bénéficiaires sont des multinationales comme JC Decaux, Decathlon, Hermès, LVMH, Kering, Yves Rocher, KFC et Amazon et que 297 milliardaires de la liste Forbes y ont au moins une entreprise, dont deux Belges, Eric Wittouck, héritier de la raffinerie de Tirlemont et Nassef Sawiris, actionnaire entre autres de Lafarge Holcim et Adidas. 

Mais cette investigation ne révèle que la pointe de l’iceberg. La moitié des entreprises n’ont pas fourni dans leur déclaration le nom du bénéficiaire réel et d’autres ont préféré dissoudre leurs sociétés plutôt que d’en révéler les noms.

L’enquête OpenLux n’est ni la première, ni la dernière sur l’évasion fiscale. Et si rien ne change d’une enquête à l’autre, c’est parce que les gouvernements ne trouvent rien à redire à ce fonctionnement car ils sont profondément au service de la bourgeoisie.

Les Joassart et leur patrimoine luxembourgeois.

La famille Joassart est sous le coup d’une enquête judiciaire pour avoir rapatrié 400 millions d’euros du Luxembourg en 2015 sur son compte belge. L’argent est passé du compte luxembourgeois de la banque Degroof Petercam sur un compte belge de la même banque, soit quelques formalités d’écriture. La famille Joassart est une famille bourgeoise de la région liégeoise qui s’est enrichie grâce à l’exploitation des ouvriers de la FN de Herstal, fabrique d’armes connue mondialement. Un exemple parmi d’autres de cette classe parasite qui prospère sur le dos de toute la société.