Du Brexit au Covid : les frontières ne protègent pas les travailleurs !

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Depuis l’entrée du tunnel sous la manche, à Calais, jusqu’à Furnes, en Flandre, et bien d’autres directions, s’étirent des dizaines de kilomètres de files de camions qui attendent de passer en Grande-Bretagne. Après le 31 décembre, ce pays ne fera plus partie de l’Union européenne et les entreprises comme les ménages britanniques, qui s’attendent à des pénuries de marchandises, tentent de faire des stocks. 

Les chauffeurs, qui vivent et dorment dans leurs camions pour approvisionner la Grande-Bretagne au milieu de ce chaos, parlent toutes les langues de l’Europe : ils sont polonais, bulgares, roumains, espagnols, et tous répondent en quelques mots d’anglais aux journalistes. Les frontières qui divisent les peuples ont-elles jamais paru plus artificielles et dépassées par l’évolution de la société ?

Pendant ce temps, les financiers de la City, qui eux jouissent de la nationalité britannique, s’empressent de spéculer sur la baisse de la  livre sterling ou des actions des entreprises en cas de « no-deal ». Voilà comment les banquiers et les financiers utilisent le flot d’argent que le gouvernement conservateur de Boris Johnson déverse sur ce secteur « pour se préparer aux conséquences » du Brexit.

Elles sont loin les promesses des partisans du Brexit, d’un « investissement massif dans les soins de santé lorsque la Grande-Bretagne n’aurait plus à financer l’Union Européenne ». Avec plus de 42 000 morts, la Grande-Bretagne est aussi parmi les pays où il y a le plus de décès dus au Covid en Europe. La pandémie a touché un pays dont le secteur des soins de santé était sinistré par des décennies d’austérité et de privatisations. Il manquait, à la veille de la pandémie, 11 000 postes à pouvoir dans ce secteur. Et la pénurie a bien entendu été beaucoup accentuée par le durcissement des politiques d’immigration mises en œuvre par les gouvernements travaillistes et conservateurs, comme celui de l’ancienne première ministre Theresa May, qui se vantait de « créer un environnement hostile aux travailleurs étrangers ».

Cette démagogie n’a en rien protégé les travailleurs britanniques de la pauvreté et de la précarité. Mais elle a augmenté les difficultés matérielles et la vulnérabilité des travailleurs immigrés, 3 fois plus touchés par le virus que le reste de la population.

Les autres catégories de travailleurs n’ont bien sûr pas été épargnées. 10 millions d’entre eux dépendent du chômage Covid, qui correspond à 80% du salaire, payé par le gouvernement, alors que les salaires sont déjà insuffisants. C’est un gros cadeau aux employeurs qui peuvent ainsi conserver gratis une main-d’œuvre formée pour l’après-Covid. Mais 4 millions “d’ auto-entrepreneurs” (des travailleurs sans contrat de travail) et 1 million de travailleurs en contrats précaires dits « zéro heure » (zéro heure de travail garantie par contrat, donc à la bonne volonté du patron), n’ont pas droit à ces aides et dépendent des distributions de nourritures ou de programmes sociaux.

La lutte contre la pandémie a été un fiasco, mais un marché lucratif pour nombre d’entreprises. Le gouvernement Johnson a ainsi confié l’organisation du testing et du tracking au cabinet d’audit comptable Deloitte… qui l’a sous-traitée à Sodexo ou d’autres entreprises sans aucune expertise dans le domaine. Les cabinets de consultants tels que PWC et McKinsey ont également reçu de plantureux contrats pour leurs conseils, tandis que le projet d’ouverture de 6 hôpitaux temporaires, pour un coût de 220 millions de livres, échouait avant d’avoir accueilli un seul malade du Covid.

La dangerosité du Coronavirus pourra sans doute être réduite par les vaccins. Mais les conséquences de la crise économique du capitalisme vont s’aggraver encore des conséquences du Brexit. Des dizaines de milliers d’emplois ont déjà été supprimés dans l’industrie, notamment automobile. Et pour compenser la perte de revenus du commerce avec l’Union européenne, ainsi que la hausse des prix de leurs produits en raison des taxes douanières, les patrons britanniques s’attaqueront encore bien plus résolument aux salaires et aux conditions de vie des travailleurs. 

La démagogie nationaliste et raciste est un leurre et une impasse dangereuse pour la classe ouvrière, et la création d’un rapport de forces impose de s’unir avec les travailleurs étrangers. Mais au-delà, l’impasse du Brexit montre à sa manière que la seule perspective pour résoudre les problèmes de la société n’est pas le repli dans des frontières nationales (ou régionales), mais bien au contraire une coopération économique entre tous les peuples, à condition que les travailleurs se débarrassent du capitalisme.