Travailleurs, sauvons nous nous-mêmes!

Le déconfinement a commencé pour satisfaire les actionnaires des entreprises, car pour ce qui est des autres problèmes, rien n’est réglé !

Les hôpitaux et la chaîne de soins ont fait face à la première vague de l’épidémie grâce à la conscience professionnelle et au dévouement des personnels. Mais pour ce qui dépend des gouvernements et des administrations, c’est l’incurie et l’improvisation qui dominent.

Les tests sont arrivés tard, en trop faible quantité, et le ministre chargé du « plan de testing » se dé-douane en annonçant des chiffres au-dessus de la réalité. En plus, il privilégie l’industrie pharmaceutique privée au détriment des laboratoires publics d’universités.

La gestion des masques, elle, est révoltante. Plu-tôt que de réquisitionner des entreprises pouvant les produire en quantité, tous les secteurs du pays se sont mis à passer des commandes chacun de leur côté, avec le résultat qu’on connaît. Les retards se sont accumulés, les masques de mauvaise qualité ont été distribués… et des commandes ont même été passées à des entreprises bidon ! Oui, même pour des fournitures de santé, les lois du capitalisme sont maintenues : respect de la propriété privée et du secret commercial !

Et maintenant les masques sont devenus obligatoires et… payants ! Encore une fois, pour la population, ce sera : « Débrouillez-vous ! »

Irresponsabilité vis-à-vis de la société et mépris pour les travailleurs et les plus pauvres, voilà com-ment les gouvernements gèrent cette crise. Et on peut en dire autant de la bourgeoisie et de ceux qui dirigent les grands groupes industriels et financiers. Et pour eux, il ne s’agit ni d’incompétence ni d’impuissance technique. On le voit avec les enseignes de la grande distribution qui vendent maintenant des masques chirurgicaux, alors qu’ils manquent dans de nombreux secteurs hospitaliers et médicaux !

Mais quand ces masques étaient une question de vie et de mort pour les soignants et les salariés envoyés au front, alors que des centaines de milliers de femmes et d’hommes s’organisaient pour en fabriquer avec leurs moyens artisanaux, ces enseignes n’ont pas bougé le petit doigt. Elles se réveillent maintenant, et les vendent à un prix dix fois plus élevé qu’avant la crise, pour en tirer profit !

Ce drame sanitaire montre la faillite des classes dirigeantes. Il faut donc être conscient que notre vie et l’avenir de la société dépendent de nous-mêmes, de notre monde, celui des travailleurs.

L’épidémie de coronavirus nous plonge dans une situation inconnue sur les plans sanitaire et économique. Mais une chose ne change pas : le grand patronat raisonne et agit pour les actionnaires, pour les intérêts d’une mince couche de privilégiés qui s’enrichit sur notre dos. Et toute la politique des gouvernements consiste à le soutenir. Alors, la première des choses est de ne pas faire confiance à tous ces dirigeants.

Même dans les entreprises où de beaux protocoles sanitaires existent, il revient aux salariés eux-mêmes, à partir de la réalité de leurs postes de travail, des cadences et des pressions à la productivité, d’imposer les conditions de sécurité qu’ils jugent nécessaires. Même les consignes édictées par les gouvernements ne seront appliquées que si les travailleurs les font respecter. Nous travaillons pour gagner notre vie, pas pour la perdre, alors il faut imposer le contrôle ouvrier sur nos conditions de travail !

Derrière la lutte contre le coronavirus, la lutte de classe continue : pressions patronales pour augmenter la précarité et la durée du travail, comme dans le secteur horticole en Flandre, licenciements massifs dans le transport aérien, renvoi d’intérimaires et de sous-traitants. Et ce n’est là que le début, cette lutte va s’exacerber au fur et à mesure que la crise économique s’aggravera.

Les grands groupes qui vont toucher des millions, voire des milliards de la part des gouvernements au nom de la sauvegarde des emplois, vont en supprimer des milliers. Ryanair, Airbnb et Airbus ne le cachent pas. Mais combien d’autres sont en préparation ?

Il faut être conscient de ce qui nous attend pour y faire face. Car les travailleurs aussi peuvent écrire l’histoire. Dans cette crise sanitaire, ils ont fait preuve d’initiatives, de dévouement et d’esprit collectif. La bourgeoisie et son gouvernement ont fait la démonstration inverse.

Il n’y a pas à accepter qu’une couche sociale privilégiée dont les intérêts sont aux antipodes de la société dicte sa loi. L’écrasante majorité de la population a intérêt à ce que les travailleurs prennent la direction de la société. C’est forts de cette conscience que nous pourrons combattre efficacement pour sauver nos emplois et nos salaires et aller jusqu’à changer le monde.